Le dindon (Georges Feydeau / Aurore Fattier)

Le dindon (Georges Feydeau / Aurore Fattier)

Pendant que le public s’installe, un film aux couleurs flashy montre des cadres en cravate qui s’échauffent et jouent au badminton. Plusieurs scénettes introduisent l’histoire de Lucienne Vatelin, mariée à un notaire, qu’elle aime, qu’elle refuse de tromper, mais qui annonce que, si elle était victime d’une infidélité de sa part, elle se vengerait aussitôt par la réciproque. Prise au mot, elle se trouve happée par la rivalité de ses prétendants, tandis que ressurgit une ancienne maîtresse de son mari, qui se heurte à la surdité du désir disparu, malentendu. 
Le texte est parfaitement respecté, mais sans cesse interrogé, bousculé par le brouillage des identités, par la définitive sentence lacanienne (“Il n’y a pas de rapport sexuel”, pour l’occasion mise au pluriel), par le film montrant des hyènes dans la savane, par l’intervention d’espaces underground qui ajoutent une perspective à l’action.  Il y a dans ce spectacle, qui confronte le gouffre et la dérision, de quoi exploser nos blocages, les fausses dominations pour nous placer fermes devant l’injonction assumée de ne pas céder sur son désir. 

En trois temps, tambour battant, scandée par les si sérieuses et de ce fait désopilantes sentences de notaire, une représentation haletante, irrévérencieuse et explosive, au risque d’en parfois dire trop. La performance est tenue collectivement. Dans le bureau du notaire, se retrouvent aculés la femme, le mari et celui qui se rêve en amant. Avec la prise de parole de la femme, se dessine le motif de la vengeance. Tout est en rythme et dans la tradition, mais c’est une cavalcade qui s’annonce. Dans la chambre 37 de l’Hôtel Ultimus, le lit, la salle de bains sous surveillance vidéo, quatre portes, quatre couples, et des valises, des sacs, des sonnettes, du thé, du laudanum, de la cocaïne, des vomissements et tout part à la dérive. Quand la femme sourde de Vatelin dort profondément dans le lit, cernée ou percée par des hommes, la violence de la scène désigne la victime du tintamarre, comme le spectre de Gisèle Pélicot. 

S’instaure en interlude un espace fantasmatique, de déréliction, de brouillage et d’érotisme, parodique et obscène, falbalas de peep show, obscurité au tempo de la pulsion. Voile pudique, voile pour que chacune, chacun retrouve son espace de désir. La tenancière de l’hôtel, troublante passeuse, vient chanter le lamento de l’amour. Enfin dans le fumoir de Rédillon, antichambre où l’on vient pour tromper, se dégriser, l’amour perd sa verve, les sexes dressés ne sont que des poteaux de repentance. L’amant trop longtemps éconduit ne parvient plus à saisir l’occasion une fois offerte ; la mécanique s’impose aux dépens du fantasme. 

de Georges Feydeau 

Mise en scène Aurore Fattier 

Avec Marie-Noëlle, Vanessa Fonte, Tristan Glasel, Thomas Gonzalez, Vincent Lecuyer, Peggy Lee Cooper, Geoffroy Rondeau, Claude Schmitz, Ivandros Serodios, Maxence Tual. 

Collaboration artistique Simon-Élie Galibert, Alyssa Tzavaras ; conseil dramaturgique Grégoire Strecker ; scénographie Marc Lainé, Stephan Zimmerli ; lumière Philippe Gladieux ; musique Maxence Vandevelde ; vidéo Vincent Pinckaers ; costumes Prunelle Rulens ; perruques et maquillage Émilie Vuez ; assistanat aux costumes Raoul Fernandez ; film réalisation Claude Schmitz d’après le film d’Ed Wood Glen or glenda (1953) ; collaboration au film Alyssa Tzavaras ; image Vincent Pickaers. 

Au Théâtre Gérard Philippe, Théâtre Gérard Philipe, centre dramatique national de Saint-Denis, 59 boulevard Jules Guesdes 93200 Saint-Denis, du 19 au 30 novembre 2025, Salle Delphine Seyrig, du lundi au vendredi à 19h30, samedi à 17h, dimanche à 15h, relâche le mardi, durée 2h40. Spectacle conseillé à partir de 16 ans ; certaines scènes comportent de la nudité. 

Production Comédie de Caen – CDN de Normandie. Coproduction Le Volcan – scène nationale du Havre ; Comédie – CDN de Reims ; Les Théâtres – Gymnase-Bernardines, Marseille – Aix-en-Provence ; La Comédie de Valence – CDN Drôme-Ardèche ; Théâtre de Liège ; Compagnie Solarium. 

Du 13 au 15 janvier 2026 au Centre Dramatique National Orléans – Centre-Val de Loire ; du 20 au 23 janvier, au Théâtre Gymnase Les Bernardines, Marseille – Aix-en-Provence ; les 28 et 29 janvier, à la Comédie de Valence, centre dramatique national Drôme-Ardèche ; du 24 au 26 mars, à la Comédie, centre dramatique national, Reims. 

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