Laurent Grisel, Climats – épopée

Laurent Grisel, Climats – épopée

L’Apocalypse est presque pour demain

Avec Grisel la poésie avance à mesure que le monde s’effondre. Et le titre comme le sous titre du livre disent tout.
C’est là un propos et une procédure actionnistes face à l’empire terrestre qui se délite, craque de toutes parts, cède par lambeaux et devient un tombeau pour ceux qui le créent ou plutôt l’achèvent.

Les épisodes que l’auteur retrace ne sont pas là pour que nous nous évadions dans un imaginaire – d’autant que si cela continue, celui-ci n’aura plus court : la dystopie tournant à l’Apocalypse. Mais une telle épopée d’ombres et de possible survie n’est pas une commode réorganisation du pessimisme : elle pousse les imaginaires à agir, mais si pour l’heure leur cours est entravé.
Grisel n’ayant pas renoncé à exister, il appelle à la communion pour la résistance face aux ombres qui nous détruisent dans leurs travaux de sape planétaire.

Existe donc toute une géographie des dégâts envisagée dans son ensemble. Mais c’est une manière de répondre par l’état du réel aux prédictions de Philippe K. Dick. Pour Grisel, l’humanité commencera en brisant certains royaumes.
Si bien que son livre devient un hymne insurrectionnel et une sténographie mentale de résistance face à un siècle où les lumières s’éteignent une à une en diverses sortes d’éruptions.

La poésie reste avant tout active et ramène à des poèmes oubliés tels ceux de Bertolt Brecht. Laurent Grisel fait se déployer sa vision avec la constance d’un somnambule qui aurait l’étoile solaire au front, là où la réflexion ne se fait pas sur la poésie mais le réel lui-même dans le tissu conjonctif que devient son livre.

jean-paul gavard-perret

Laurent Grisel, Climats – épopée, L’esquif, Dilicom, 2021, 100 p. – 12,00 €.

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