Laurent Galandon & Jean-Denis Pendanx, Les poissons, eux, ne pleurent pas…

Laurent Galandon & Jean-Denis Pendanx, Les poissons, eux, ne pleurent pas…

Laurent Galandon et Jean-Denis Pendanx ont effectué un voyage-reportage en Gambie. Cet album témoigne de ce qu’ils ont vu.

La première planche montre un tuyau immergé. Soudain, un produit à la couleur peu engageante sort de la buse et se répand largement comme le montrent les deux planches suivantes.
Un banc de poissons est traqué par un groupe de pêcheurs. Les prises sont bonnes pour Bakary, le capitaine de la pirogue, qui utilise de nouveaux filets.

L’action se situe à Gunjur, en novembre 2023. Ismaila se rend à la bibliothèque pour écrire un article sur le match de foot de la veille. Il rêve de devenir journaliste sportif alors que son amie Maryam milite pour la défense des espèces.
Bakary a dû se contraindre à alimenter l’usine implantée par des Chinois sur la plage de Gunjur pour fabriquer de la farine de poissons. Il a investi dans un nouveau moteur et dans des filets aux mailles plus fines. Il ne peut faire autrement pour subvenir aux besoins de sa famille, pouvoir faire suivre l’école à Ismaila et soigner sa petite fille atteinte d’asthme. Il est poussé par Ousman, son frère, qui travaille pour l’usine. Mais, quand un accident arrive, tout s’effondre. Bakary prend la mer et disparaît…

Avec une famille de pêcheurs, les auteurs illustrent les mutations forcées qu’amènent l’implantation de structures étrangères. Ici, l’évolution des pêches traditionnelles, qui respectaient un certain environnement, vers l’obligation d’une pêche industrielle. Avec ce récit, basé sur des situations dont ils ont été les témoins, ils racontent les dégâts qu’infligent les pays développés aux territoires africains, les incidences qui touchent durement les peuples.

En toile de fond, c’est aussi le silence assourdissant des gouvernants qui se goinfrent. Les auteurs soulèvent les problèmes humanitaires, économiques, écologiques… Mais ils montrent également, grâce à la complicité de quelques individus, comment ces structures étrangères mettent les populations dans la misère. Dans cet album, les auteurs s’appuient sur des situations, des faits réels pour construire leur récit. Ils esquissent ces croyances entretenues pour l’existence d’un paradis situé au nord. C’est l’implication de personnages forcés à se reconvertir suite aux prédations des dirigeants de ces complexes industriels. Ceux-ci n’hésitent pas à s’emparer des terres cultivables, des parcelles nécessaires à leur implantation, à leur extension.
Le plus cruel dans cette histoire est l’absurdité qui prévaut. Cette usine transforme le poisson pêché par les autochtones pour en faire de la farine qui va servir à nourrir… des poissons dans des fermes piscicoles à des milliers de kilomètres !!!

Jean-Denis Pendanx assure un graphisme nourri par son séjour, des images qui s’imprègnent de la réalité, de la chaleur, des lieux visités. Il donne une belle série de planches illustrées à ravir.

Ce voyage des deux auteurs a été rendu possible grâce à l’implication des membres de l’Alliance française de Banjul qui les ont fait profiter de leur expérience du terrain, de leur vécu. Un dossier complète, en fin d’album, le récit avec photos, croquis, explications.
Un album éclairant, illustrant quelque unes des causes de ces vagues migratoires dont certains, sans conscience, font leurs choux gras pour tromper des populations.

Laurent Galandon (scénario) & Jean-Denis Pendanx (dessin et couleurs), Les poissons, eux, ne pleurent pas…, Éditions Daniel Maghen, mai 2025, 144 p. – 23,00 €.

Laisser un commentaire