Laurent Bourdelas, Revue Vorace n°1
Cette nouvelle revue frappe fort d’entrée avec quatre chapitres : « Hommages », « Souvenirs »‘ et surtout « Fragments » et « Extra et ordinaire ».
S’y succèdent des auteurs majeurs du temps dont Denise Le Dantec et ses questions (sans réponses ?) , Pierre Bergounioux et ses extraits inédits de son journal , Eric Poindron et ses mises en pièces.
Mais ce ne sont là que quelques exemples de ce que le lecteur peut rencontrer d’étonnant dans un tel ensemble avec à la baguette le trop discret Laurent Bourdelas.
Se mêlent par effet de chiasmes la délicatesse de l’existence comme sa monstruosité, l’anecdote, le paysage fantastique ou réel, le présent et l’ailleurs saisi en de multiples « voyages ».
Tout est là pour faire ressentir divers types de frissons mais c’est aussi une façon d’apprivoiser l’élément brutal de l’existence et par-delà de mettre à nu nos propres terreur et de donner un fléchage à l’insensé. Se retrouvent des régions où on ne lapide pas les nymphes du moins si l’on en croit Jérême Leroy, d’autres où des chaussures vieillissent à l’ombre des terrasses (Denise Le Dantec).
Une telle revue jette la littérature dans le monde par les coulées noires de l’encre ou des « objets (presque) non identifiés » dont les photos de Marianne Danthieux. D’où ce rassemblement épars hétérogène. Mais rien n’est pétrifié en saturation. Restent à l’inverse des éclats d’espace, des respirations profondes : l’exigu fait sonner la vastitude. L’inverse est vrai aussi.
Nul obstacle ne réprime la houle de formes prises dans une mousson de frémissements. Par effet de « pans », une intériorité ouvre ses profondeurs. Chacune possède des « corps » vibrants et leur solitude, leur mutisme.
Ce dernier en particulier trouve enfin un moyen de se « dire », de se montrer dans une effervescence prégnante au plus haut point.
jean-paul gavard-perret
Laurent Bourdelas, Revue Vorace n°1, Association L’Arbre à Trucs, Vicq-sur-Breuil, 2021, 80 p.
