Lars Svendsen, Petite philosophie de l’ennui
Ce petit traité jamais ennuyeux apprend à reconsidérer l’ennui, à en tirer le meilleur parti, à ne pas s’en effrayer
Balzac voyait les Norvégiens comme un peuple livré à la méditation. Il y a aussi ce Norvégien et sa Sophie, lu dans le monde entier. Il se passe peut-être quelque chose au Nord.
Svendsen propose quatre parties :
I – L’ennui comme problème philosophique
II – Histoire de l’ennui
III- Phénoménologie de l’ennui
IV- Morale de l’ennui
Quel est d’abord le rapport de l’ennui à l’être-au-monde ? L’ennui est le privilège de l’homme moderne, même si l’ennui a quelque chose d’inhumain parce qu’il prive de sens la vie humaine. De Byron (There’s little left but to be bored or bore) à Iggy Pop (I’m bored), l’ennui donc dans son rapport au moderne, au sens, à la mort.
La deuxième partie piste l’ennui chez Pascal et Tieck, Baudelaire et Wilde, Novalis et William Lovell, Nietzsche, mais aussi plus loin et jusqu’à nous, Beckett, Warhol, Cronenberg et Easton Ellis. Pour les « monades nomades » que nous sommes, un trajet vers l’ennui.
Phénoménologique et heideggerienne, la troisième partie définit l’objet d’étude comme un déséquilibre entre le temps propre des choses et celui dans lequel on les rencontre (Dans l’ennui profond, c’est l’ennui lui-même qui m’ennuie). Pour le philosophe, l’ennui peut être dépassé. La partie finale prétend moins résoudre le problème qu’en changer les données : Ce n’est pas une solution grandiose mais l’ennui n’a pas de solution. On appréciera enfin la manière dont, dans ce best-seller scandinave, les notes ont été chassées en fin de texte, qu’elles n’alourdissent pas.
Jamais ennuyeux, le livre apprend à reconsidérer l’ennui, à en tirer le meilleur parti, à ne pas s’en effrayer. L’ennui est un peu nous, un peu notre « chez nous » – le nach Hause novalien.
pierre grouix
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Lars Svendsen, Petite philosophie de l’ennui, Fayard, 2003, 223 p. – 16,00 €. |
