Lars Iyer, Nu dans ton bain face à l’abîme

Lars Iyer, Nu dans ton bain face à l’abîme

Farce grotesque

De Newcastle, un professeur de littérature auteur de nouvelles et d’essais prétend offrir un pamphlet féroce et radical. Voire. L’argument général est aussi évident que simpliste. Que l’auteur s’appuie entre autres sur Roberto Bolano et son roman « Les détectives sauvages » vieux de 20 ans et créateur du mouvement « infraréaliste » n’y change rien. Iyer annonce la fin de la littérature : il n’y aurait plus d’auteurs à la personnalité assez forte afin de lutter contre la mondialisation.
En fait, il en reste encore un : l’auteur lui-même. Il s’auto-glorifie à la fin de son brûlot palot et sans alto : « c’est seulement quand la chose est morte, que des millions de corbeaux l’ont dévoré, que des chacals l’ont rongé, qu’on lui a craché dessus avant de l’oublier que nous pouvons découvrir le dernier os inviolé. » Dès lors, « Nu dans ton bain face à l’abîme, Un manifeste littéraire après la fin des manifestes et de la littérature » n’est qu’un enfoncement sans vergogne de portes ouvertes pour celui qui regrette que la littérature ne soit plus « révolutionnaire, tragique, prophétique, solitaire, posthume, incompatible, radicale, paradoxale ».

Il n’y aurait donc personne pour suivre les auteurs qu’il cite Diderot, Rimbaud, Gogol, Bataille, Kafka, Thomas Bernhard et Cioran. Le farceur synthétise le tout par référence au livre « La maladie de Montano » d’Enrique Vila Matas sur le sujet là où un père ne pense qu’à la littérature et où son fils est incapable d’écrire une ligne. L’Anglais en tire une conséquence irrévocable : personne – ni oracles ni marginaux – pour provoquer, altérer, démolir
C’est se faire une idée bien plate de la littérature du temps. Car si certains auteurs ne sont – comme celui d’un tel livre – que des profs en mal de publicité et si ce dernier regrette que trop d’écrivains se contentent de vendre le néant (ce que faisaient ses «modèles » Gogol, Kafka ou Cioran…), il reste néanmoins une pléthore d’auteurs capables de lire le monde. Et c’est à se demander depuis combien de temps Iyer s’est arrêté de lire. Son ouvrage ne justifie en rien un tel arrêt de mort supposée. Il est non seulement court de taille et de vue mais vide.

jean-paul gavard-perret

Lars Iyer,  Nu dans ton bain face à l’abîme, trad. de l’anglais par Jérôme Orsoni, Allia éditions, Paris, 2018 48 p. – 6, 20 €.

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