La première fois on pardonne
Chronique intimiste de la violence conjugale
Elodie séjourne depuis trois semaines chez sa grand-mère, dans la région du Pilat, entre montagnes, lacs et forêt. Mais ce ne sont pas des vacances comme les autres. L’adolescente de quinze ans a fui son domicile et plus exactement son père, en même temps que sa sœur ainée, Marie.
La mère, de son côté, s’est réfugiée dans un foyer pour femmes battues dont l’adolescente ne connaît pas encore l’adresse, pour raison de sécurité. Seule dans sa chambre, elle examine des photos de ce qu’elle croyait être le bonheur. A travers les images de vacances à la plage ou à la neige, mariages et autres fêtes de famille, Elodie cherche des explications. Quand a-t-il commencé à frapper sa compagne ?
Dès leur lune de miel peut-être ?
Marie et elle seraient-elles responsables de cette violence qui se déchainait surtout la nuit ?
Avec une infinie pudeur, Ahmed Kalouaz nous fait naviguer entre le passé et le présent évoqué par Elodie : ce père, accordeur de pianos, exemplaire aux yeux du monde extérieur, devenait un démon lorsqu’il se trouvait seul avec son épouse qui, au fil des années, a perdu le sourire et une partie d’elle-même.
Elodie qui ne pouvait trouver les mots, à part « il est méchant papa« , s’est épanchée dans son journal dès son plus jeune âge. Elle s’est inventé une sorte de double, un renard qui se bat pour survivre et nourrit ses pages d’écriture. Elle ne parvient pas non plus à dialoguer avec sa grand-mère, qui ne peut que balbutier mais qui a pourtant déchiré ou griffonné certaines photos.
« Peut-être a-t-elle appris que déjà dans ce voyage d’amoureux, sa fille commençait son calvaire. Elle se souvient sans doute qu’au retour, elle a trouvé maman dans un drôle d’état, qu’elle lui a posé des questions. Et que pour seule réponse elle a reçu un beau sourire. Elle essayait de tromper son monde, d’amoindrir la portée des coups, des vociférations. Elle a dit qu’il n’y avait pas de problème, qu’il l’aimait et elle autant, qu’elle ne s’était pas trompée avec ce garçon-là. Même si peut-être elle avait déjà entendu ces phrases qui laminent.«
C’est en voyant une émission de télé sur les femmes battues qu’Elodie décide de consulter une psychologue : pourra-t-elle enfin trouver les mots pour dire ses meurtrissures et voir réunie sa famille éclatée à cause d’un seul homme ?
Ahmed Kalouaz, dramaturge et poète reconnu, est également devenu un talentueux auteur pour la jeunesse et ce roman, justement bouleversant, a valeur de témoignage et de réquisitoire envers toutes les femmes victimes de violence conjugale.
patricia chatel
Ahmed Kalouaz, La première fois on pardonne, coll. « doAdo », Rouergue, septembre 2010, 96 p. – 9,00 €.
À partir de 12 ans.