La luz de un lago (El Conde de Torrefiel / Tanya Beyeler & Pablo Gisbert)
[Dé]traquer les images
Le spectacle étant donné sur le plateau de la salle, au fond duquel on a installé des gradins, on entre après avoir fait le tour du bâtiment par les arcades. Dans la salle, pas de décor, un écran blanc. Quand le spectacle commence, c’est au son d’une musique assourdissante, indistincte, à l’image des pixels qui, sur l’écran, ne se distinguent que par intermittence, laissant deviner des danseurs.
Une présentatrice vient indiquer le thème du film, signale sa nature contradictoire. Il s’agit de retrouver le caractère éphémère et confus de notre expérience de la vitalité. On est à Manchester, ville désindustrialisée par les politiques libérales, au concert de Massive Attack en 1995. La narration se présente sous la forme de propositions projetées à l’écran, comme au cinéma muet ; nous suivons le propos, attentifs au support sonore. Des couleurs hallucinatoires, puis l’écran fait place à une tresse qui pourrait figurer des viscères. Les opérateurs installent ostensiblement les accessoires de la projection.
On assiste à une mise à distance de notre acte de perception de l’œuvre : on voit des images, des volumes, des surfaces, des personnages sans incarnation, à peine identifiés. La réalité se trouve dissimulée derrière les moyens de la montrer – ou de la cacher ; ainsi cet écran progressivement recouvert de noir. Les histoires sont reliées de façon ténue ; elles montrent l’amour qui se délite, comme la trame du film. Un happening remettant en cause l’art sous sa forme la plus codifiée, l’opéra, est relaté, symbolisé par l’ouverture sur la salle à demi éclairée.
La relation de cette performance est l’occasion de dénoncer l’autosuffisance de l’art, au risque de récuser la valeur esthétique de toute expression, y compris celle de la représentation à laquelle on assiste.
christophe giolito
La luz de un lago
conception El Conde de Torrefiel
Mise en scène, texte, dramaturgie Tanya Beyeler et Pablo Gisbert
Avec Mireia Donat Melús Mauro Molina Isaac Torres
Scénographie El Conde de Torrefiel, Isaac Torres ; traduction Marion Cousin (français) ; Nika Blazer (anglais) ; lumière Manoly Rubio García ; création sonore Rebecca Praga, Uriel Ireland ; vidéo Carlos Pardo, María Antón Cabot ; espace et matériaux El Conde de Torrefiel, La Cuarta Piel Mireia, Donat Melús.
Au théâtre de l’Odéon Place de l’Odéon, 75006 Paris, du 4 au 16 novembre 2025, durée 1h30 (en espagnol, surtitré en français et en anglais), du mardi au samedi à 18h et 21h (le 4 novembre à 21h seulement), le dimanche à 15h. Réservation www.theatre-odeon.eu +33 1 44 85 40 40.
Production exécutive CIELO DRIVE SL, Alessandra Simeoni coproduction Festival GREC — Barcelone, CC Conde Duque — Madrid, Théâtre Saint-Gervais — Genève, Teatro Municipal de Porto — Rivoli, Festival d’Automne, Festival delle Colline Torinesi, Festival Contemporanea – Prato, VIERNULVIER — Gand avec le soutien de ICEC — Generalitat de Catalunya (production), Festival TNT — Terrassa, Teatre Principal de Lloret de Mar en coréalisation avec le Festival d’Automne.
Tournée 2025 19 et 20 novembre — Centre dramatique national Orléans / Centre-Val de Loire.