La cérémonie de remise des Prix SNCF du polar 2016

La cérémonie de remise des Prix SNCF du polar 2016

Si jamais cela vous avait échappé, sachez que la SNCF a institué un prix littéraire – peut-être pour se faire pardonner de contribuer, comme tant d’autres organismes, au travail de sape de la grammaire française, par l’emploi sans article de son propre sigle et de celui des trains à grande vitesse.
C’était la première fois que j’assistais à cette remise, et quel ne fut pas mon ébahissement de découvrir l’armada d’attachés de presse, d’hôtesses à talkies-walkies et d’autre personnel chargé d’identifier, guider et observer chaque invité à tout endroit du spacieux Pavillon Champs-Elysées où l’événement se tenait : déploiement de moyens digne du Festival de Cannes, pour une assistance pourtant limitée, et qui faisait rêver du jour où les gares jouiraient du même niveau de sécurité. (Que craignait-on ? Un acte terroriste fomenté par quelque pique-assiette ? Le vol éventuel d’un trophée ? Le surgissement collectif des personnages criminels ayant inspiré les auteurs en lice ?)

Après une longue attente, la cérémonie commença, sous la houlette d’un animateur anonyme (et certain d’être connu de tout le monde, puisqu’il ne songeait pas à se présenter) qui passa la parole au directeur de communication de la SNCF, Christophe Fanichet, dont le discours fut des plus substantiels : on en aura retenu que le polar est “le genre préféré des Français“, qu’ “un livre sur deux vendu en France est un polar“, et que la récompense qui nous intéresse est “le premier Prix du public concernant le polar“.
De fait, trois jurys d’experts sélectionnent respectivement cinq romans policiers, autant de bandes dessinées et autant de courts-métrages, parmi lesquels le public doit faire son choix. Seuls peuvent concourir les romans publiés en format de poche, “le plus populaire et le plus accessible pour chacun“. A ce propos, Julien Bisson, le jeune rédacteur en chef du magazine Lire, fit un développement d’où il ressortait que la notion “roman de gare“ avait depuis longtemps cessé d’être péjorative (ah, oui, vraiment ?), ce dont il se félicitait. On aurait bien aimé connaître l’avis, sur ce sujet, d’un des experts aînés.

Premier à recevoir sa récompense, Emmanuel Grand, l’auteur de Terminus Belz (Points Policier), se plaignit du poids du trophée, permettant ainsi à Christophe Fanichet de rappeler plaisamment que cet objet concrétise plus de 32 000 votes de lecteurs. Le lauréat dans la catégorie bande dessinée, Fabcaro, était représenté par l’éditeur de Zaï zaï zaï zaï (6 Pieds sous terre éditions) ; cependant il avait aussi pris soin d’exprimer sa reconnaissance à travers une vidéo, au son défectueux, mais qui avait la vertu d’être brève et de nous faire connaître sa figure (fort sympathique). Toutefois, ce fut le troisième et dernier heureux élu qui s’attira la plus vive approbation parmi l’assistance : Greg Ash, le réalisateur du court-métrage Mr Invisible, jeune homme à l’aspect angélique, formula d’abord des remerciements en français, ce qui lui coûtait des efforts énormes autant qu’attendrissants, puis fit remarquer : “C’est mieux pour tout le monde si je continue en anglais !“, dont acte. Je vous invite à voir la bande annonce de son film sur Internet, elle vaut le détour, ne serait-ce que pour le travail sur l’image.

La soirée s’acheva, comme il se doit, par des réjouissances gourmandes arrosées de champagne. Une touche de luxe inattendue : les invités qui le souhaitaient (et même quelques-uns qui essayaient d’y échapper) pouvaient se faire portraiturer, en silhouette, par un artiste habile qui jouait des ciseaux debout, bousculé de partout, au milieu de l’attroupement festif.

agathe de lastyns

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