Konior (scénario, dessin et couleur), Fishermen story, tome1 : « En attendant Hemingway »

Konior (scénario, dessin et couleur), Fishermen story, tome1 : « En attendant Hemingway »

Quand la BD fait dans l’humour absurde sur ton très personnel…

Un climat humide à en faire pleurer la reine d’Angleterre, des couleurs d’automne aux îles Féroé, un lac, deux pêcheurs et des poissons gros comme l’Empire State Building… Bienvenue dans l’univers déliro-dépressif de Konior.

 Un beau matin, un pêcheur voit la taille des poissons de son lac multiplié par… beaucoup. Et un poisson qui pèse – à la louche – quelques tonnes, c’est pas très sympathique ! Le pêcheur d’en face, lui, n’hésite pas à se prendre en photo à côté de l’un des pachydermes marins. C’est le début d’une lutte entre ces deux hommes et les monstres nouvellement apparus. Au cours de la bagarre apparaîtront un éléphant, un faux chef de gare vraiment neurasthénique, deux hiboux et Ernest Hemingway avec lequel l’oncle d’un des pêcheurs à fait les quatre cents coups en Afrique.

 En terme de scénario, le début d’En attendant Hemingway semble tout droit sorti d’un trip aux champignons hallucinogènes. Pourtant on tourne les pages, happé par cette ambiance particulière et la logique interne – mais très sûre – qui sous-tendent les premières planches. Ce n’est qu’à la page 34, avec l’arrivée effective d’Hemingway, que l’on commence à entrevoir l’existence d’un scénario autre que purement absurde. On aurait d’ailleurs tendance à le regretter. En effet, le charme de cet album tient certainement au flou, à l’abscons dans lequel il nous plonge. À vouloir trop expliquer ses délires, Konior fait ressortir les faiblesses scénaristiques de l’album.

 Côté dessin, Konior a su peindre une ambiance et des décors à se fracasser la tête contre les murs. La couleur directe est glauque à l’extrême, alors que le trait est naïf, voire sympathique. Des deux pêcheurs, on ne voit que les yeux, perdus qu’ils sont sous leurs chapeaux, engoncés dans leurs grands pardessus. L’un d’eux à des faux airs de Napoléon, d’ailleurs son oncle s’appelle Léon… Un rapport ? Les poissons géants ont l’œil mauvais et les dents agressives. Difficile à décrire le dessin de Konior, mieux vaut regarder la couverture pour comprendre. La seule chose à dire, c’est que chaque planche, chaque case fait rire (éventuellement jaune) le lecteur.

 Fishermen story est une belle série, une résurgence de l’absurde dans la BD, un album à l’humour différent comme il n’y en a pas assez. Espérons que le nouveau label Caravelle continuera dans cette voie originale.

Martin Zeller

   
 

Konior (scénario, dessin et couleur), Fishermen story, tome1 : « En attendant Hemingway »,Glénat-Caravelle, coll. : Migration, 2004, 46 p., couleurs – 12,00 €.

 
     

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