Karoline Schreiber , Quelques trous du cul et un aspirateur automatique
Karoline Schreiber : « Correction par le cul » (Artaud)
Par sa technique du « dessin automatique » et en écho à l’écriture du même nom chère aux Surréalistes, Karoline Schreiber expose à Paris sa série d’anus aussi inconnus que le soldat du même nom. Le sujet est a priori des plus scabreux. Mais le travail n’est en rien grivois ou inconvenant. Il existe un clin d’œil autant à l’ « Anus solaire » de Bataille qu’aux œuvres dernières d’Artaud dans lesquelles le fameux « trou-dit » de Beckett « fait objectivement dans tout l’infini au lieu d’une forme immédiatement limitée » (Cahiers du retour à Paris).
Le jour du vernissage, l’artiste créera une performance en dessinant à même le sol avant qu’un aspirateur robot armé de stylos ne prenne le relais : il s’activera jusqu’à la fin de l’exposition. Mais l’essentiel reste cette « figuration » du corps pris par derrière et éclairé par la lumière qui reste au milieu des imbrications de lignes et leurs torsions dans des merveilles de constructions. Le corps y demeure vibrant selon une « science » du travail qui met la posture métaphysique de l’art en porte-à-faux.
Par le grouillement des traits, l’artiste revient sur certains cheminements graphiques pour reprendre à l’esprit ce dont il s’était emparé. D’où l’attraction d’une œuvre centripète qui montre le corps de manière plus métaphorique qu’obscène et qui creuse la problématique de la représentation.
jean-paul gavard-perret
Karoline Schreiber , Quelques trous du cul et un aspirateur automatique, Centre Culturel Suisse, Paris, 26 février – 3 avril 2016.