Juliette Brevilliero, Colère

Juliette Brevilliero, Colère

La poésie de Juliette Brevilliero renverse les principes trop placides de la poésie souvent rivée au culte de l’occident. Pour trouver le chemin de l’espérance et de la désespérance, écrire est une affaire complexe, expérimentale évolutive. Le tout en un souci de clarté pour exprimer ici une colère noire qui ne se contente jamais de son cri. Son action joue entre les mots Et celle qui dépasse toujours bien des seuils essentiels fait de la colère à un seuil.
Son essence provient de l’enfance où tout part, tout revient mais où la vie d’adulte s’exerce à un apprentissage de la distance. Mais si la colère reste la musique de ses aubes, en naissent des volutes noyées loin d’un laiteux effet-mère que Juliette Brevilliero – à moitié qui elle est et qui elle fut – ne se contente pas d’errer car elle trouve par ses poèmes (plus que des pare-fumée) son existence et sa vérité loin de l’insouciance, du calme et de la légèreté.

Dans ce livre, le sourire au monde n’est pas simple mais – paradoxalement – l’onde de la colère est une grâce. Son irruption fait parfois qu’on ne sait que penser. Mais, avec le temps, une telle femme est régulatrice en passant outre le chemin des hommes et des femmes, avec parfois une once de gaieté même si à qui elle a reçu la nostalgie en héritage. Pour le meilleur et pour le pire.
Pleuvent ici des souvenirs fêlés sur ce livre de chair, d’âme et de papier là où les ponts de Paris ne suffisent pas pour celle dont l’errance et son enquête filée se hâtent vers elle. Et qui, par ses allitérations, sa pulsion écrit des textes très noirs sur page blanche mais pour – inconsciemment peut-être – renverser la donne.

Ici, ses poèmes s’imbriquent, se télescopent, se découpent, se malaxent, dans une chirurgie de l’existence. Preuve que sa poésie reste bien au-delà de la désuétude et ses présupposés. Elle incarne la colère qui pourrait gueuler ve,rs un possible appel à la liberté d’être parmi des aléas existentiels. De la vie, le ciel se fait âpre car elle reste farouchement défaite mais ici en façon d’éveillée au sein d’une épopée, l’auteure cavale et se déchaîne en de tels poèmes
Se retrouvent colère, négociation, pulsions en un tel assemblage de vers et de proses poétiques jusqu’à un « insensé mirage » face à la réalité. De fait, existe une sorte d’Odyssée face à des espaces saturés là où les mots ne sont pas que des baumes ou des cataplasmes mais des accouchements progressifs face à ce qui fut et ce qui arrive.

Des phrases naissent, enfantent un voyage dont ils sont des navettes. Existent là des éléments bipolaires tant la colère et son caractère les brutalisent. Mais reste chez Juliette Brevilliero une ivresse du langage. Elle en n’est pas mégalomaniaque mais reste juste face à tout ce qui la et nous matraque. Elle se dérobe à la nuit et devient pour nous une guide. Louons donc sa sorte d’avidité scripturale par laquelle elle nous secourt au sein d’une spectaculaire altérité.
Certes, la colère est glaçante, parfois sans queue ni tête ou mouroir aux alouettes. Mais l’auteure poursuit son « pas au-delà » cher à Blanchot où parfois se touche le fond. Car la colère enfantine fait toucher un néant sans fond, mais ici elle devient bien armée (comme Mallarmé) contre la réalité – mais pour la vérité. Pénétrée parfois de la sagesse de l’Inde, l’auteure se dégage de la rage des chiens.

Contrairement à la proximité de la colère, elle l’éteint tout en conservant ses braises. Elle est en partie fruit de colère mais elle n’est plus elle. Et dans ses scansions (en partie de ses textes de prose poétiques), le noir de nuit perdure mais l’aube supplie, se dégageant des couleurs passées et paraît s’éteindre d’elle-même, loin de la nostalgie. De chair et de chant, un tel livre devient une fontaine « ubérale » là où l’ineffable a bien des choses à dire et à montrer.
L’espoir tient à ce que la vie se transforme en universelle poésie. Et que la nuit en nous devienne étrangère jusque dans le double jeu de l’inconscient, ses lapsus, ses erreurs, ses impostures, son abîme inconnu. L’auteure transforme leurs paradoxes en explorant sa face cachée – âme comprise. Sa colère est une facette avec laquelle il faut négocier mais en devenant dupe de rien, « entre onirisme, réalité et surréalité », comme l’auteure l’écrivait lors d’une de ses interviews. Mais dans chacun de ses livres, elle dépasse ces concepts.

Juliette Brevilliero, Colère, Editions Maïa, coll. Poésie,, 2025, 124 p. – 20,00 €.

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