Dans le bain des cultures de la beauté : entretien avec Sandrine Boscaro Compain

Dans le bain des cultures de la beauté : entretien avec Sandrine Boscaro Compain

Sandrine Boscaro Compain, mue par l’amour du beau, est une curatrice ; galeriste et organisatrice d’exception. Elle ouvre notre regard par ses choix toujours pertinent et ouvert à tout un champ des cultures. Inspirée par Hubert de Malherbe, elle défend des artistes qui très souvent créent des œuvres où le calme et la volupté des formes deviennent un luxe de la beauté.

Une telle femme y partage foi et passion dans sa défense et illustration. Existent aussi, et grâce à elle, un appel à la curiosité et à une esthétique d’une subversion plus profonde et tacite que superficielle. Elle nous apprend à la voir et la comprendre. Le tout en diverses propositions de déplacements, presque insensibles, où l’arête de seuils trouve des d’assises. Souvent, s’il y a seuil, il est de rupture selon des mouvements d’écartement et de proximité.

Entretien :

Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ?
L’envie de créer un environnement beau. Je suis aussi architecte d’intérieur : j’aime créer des univers, des installations, et je m’inspire chaque jour de l’art et du travail des artistes.

Que sont devenus vos rêves d’enfant ?
Ils sont toujours bien présents. Mes rêves d’enfance étaient tournés vers l’international. La plupart de mes clients sont étrangers, viennent de l’étranger et parlent une autre langue que le français. J’aime ce mélange de cultures.

À quoi avez-vous renoncé ?
J’ai renoncé à ma liberté, mais pour le plus beau cadeau de la vie : deux enfants.

D’où venez-vous ?
Je viens de France, de Chambéry, en Savoie.

Qu’avez-vous reçu en “héritage” ?
J’ai reçu en héritage la culture : l’amour de la lecture, de la poésie, et de l’art.

Un petit plaisir – quotidien ou non ?

Le café avec un croissant.

Quelle est la première image qui vous interpella ?
Sans doute une image de mode des années 70. Je dirais une robe de chez Courrèges.

Et votre première lecture ?
« Les Fleurs du mal » de Baudelaire.

Quelles musiques écoutez-vous ?
J’écoute du rap, du métal, de la musique classique, du clavecin. Je suis très éclectique.

Quel est le livre que vous aimez relire ?
La vie de Léonard de Vinci.

Quel film vous fait pleurer ?
Je ne suis pas du genre à revoir les films. Mais je pourrais dire « Kung Fu Panda », parce que c’est le film préféré de ma maman. Et un dessin animé, ça fait du bien. J’aime les animaux, et celui-ci dit quelque chose de très juste sur le présent : « Le passé est derrière, le futur est un mystère, mais aujourd’hui est un cadeau. C’est pour cela qu’on l’appelle le présent. »

Quand vous vous regardez dans un miroir, qui voyez-vous ?
Quelqu’un qui aime le beau.

À qui n’avez-vous jamais osé écrire ?
À Hubert de Malherbe. J’adore ce type, je l’admire : j’admire son studio, sa personnalité, son travail. Finalement, j’ai envoyé ma fille en stage chez lui… mais moi-même, je n’ai jamais osé lui écrire.

Quelle ville ou lieu a pour vous valeur de mythe ?
Florence.

Quels sont les artistes et écrivains dont vous vous sentez la plus proche ?
Alexandre Dumas pour son écriture si détaillée et hyperréaliste. Il a si bien décrit Le Bon Marché. J’aime cette époque, j’aime le fait qu’il l’ait si bien décrite.

Qu’aimeriez-vous recevoir pour votre anniversaire ?
Un week-end dans le sud.

Que défendez-vous ?
La justice et la grâce.

Que retenez-vous de l’art ?
L’art est une source, un souffle. C’est le lieu où tout commence : les formes, les idées, les couleurs, les intuitions. Le travail des artistes est un laboratoire de recherche qui précède le monde. Je m’y appuie pour créer, pour comprendre, pour transformer. L’art, pour moi, n’est pas un décor : c’est l’origine et le moteur de la création.

Comment êtes-vous devenue curatrice ?
Je suis devenue curatrice après avoir rencontré Moti Shniberg — le fondateur d’Art & Co et un grand collectionneur. Il m’a proposé d’intégrer sa collection, la collection Harold Punch, qui rassemble un grand nombre d’artistes asiatiques. J’ai donc sélectionné des artistes asiatiques pour les faire entrer dans cette grande collection mondiale, un véritable fonds de pension dédié à l’art. Ensuite, j’ai ouvert une galerie dans ma ville, à Chambéry, et j’ai organisé des expositions, puis des expositions chez moi.

Que vous inspire la phrase de Lacan : “L’amour, c’est donner quelque chose qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas” ?
Horrible. Je n’ai même pas envie d’y penser.

Que pensez-vous de celle de W. Allen : “La réponse est oui, mais quelle était la question ?”
J’aime l’enthousiasme ; ça me plaît davantage.

Quelle question ai-je oublié de vous poser ?
« Qui est mon artiste préféré ? » Eh bien, mon artiste préféré depuis des années déjà est le frère de l’une de mes amies : il s’appelle Adrien Belgrand. C’est un mélange de ce que j’aime chez Hopper ou Hockney : l’hyperréalisme, la peinture de son temps, peindre l’eau, peindre la réalité – tout ce que j’aime.

Entretien et présentation réalisés par jean-paul gavard-perret, pour lelitteraire.com, le 14 novembre 2025.

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