Joseph Goebbels, Journal, 1939-1942
La suite du terrifiant et riche Journal de Goebbels
Les éditions Tallandier publient le nouveau volume du Journal de Joseph Goebbels, consacré aux années 1939-1942. La période est judicieusement délimitée. Elle correspond à l’apogée des victoires de la Wehrmacht et de l’hégémonie de l’Allemagne sur l’Europe, avant les profonds retournements de 1943.
De fait, la lecture du Journal s’avère particulièrement intense. A travers les lignes jetées par Goebbels sur le papier, le lecteur vit la guerre à travers le prisme délirant d’un hiérarque nazi. On se félicite que l’éditeur ait opté pour des notes explicatives en fin de page, beaucoup plus pratiques, éclairantes et stimulantes.
Goebbels n’appartient pas vraiment au cercle décisionnel du régime national-socialiste dans le domaine des affaires étrangères ou militaires. Toutefois, le rôle assigné à la propagande en fait une pièce maîtresse de la machine gouvernementale, tandis que sa proximité avec Hitler lui permet d’en recevoir les confidences. Le Journal nous entraîne dans les méandres du travail propagandiste de Goebbels. On découvre un homme prudent qui s’oppose aux proclamations prématurées sur les victoires et qui pousse même à la rédaction de communiqués proche de la vérité lors des bombardements des villes allemandes par les Alliés. Cela ne l’empêche pas d’exprimer une joie proche de l’exultation lorsque les victoires militaires s’accumulent. Toutes sont le fruit, selon lui, du génie d’Hitler à l’égard duquel son adulation reste intacte. De la campagne de Pologne aux premiers revers de Stalingrad, en passant par les victoires en France et dans les Balkans, le Journal fournit un luxe de détails sur la préparation des opérations et les certitudes qui habitent les dirigeants nazis. Les pages les plus fortes sont celles sur les jours précédant l’invasion de la Russie, le 22 juin 1941. On perçoit, note-t-il à 3h30 du matin, le souffle de l’histoire.
Autre point fondamental du Journal, celui de la prise de décision de l’extermination physique, sur une grande échelle, des juifs d’Europe. Goebbels ne joue pas de rôle moteur dans la décision de passer au meurtre ni dans son application. Pourtant son antisémitisme reste violent et viscéral. Le 6 mars 1942, il note que les Juifs sont le malheur de l’Europe ; ils doivent être éliminés d’une manière ou d’une autre. Pour autant, le secret dans lequel Hitler plonge la décision sur la solution finale ne permet pas au ministre de la Propagande d’en connaître les détails. Il y est tout de même impliqué par ses fonctions de Gauleiter de Berlin. Il saisit l’ampleur du massacre par une fuite, le 26 mars 1942. La page du Journal qui y est consacrée est saisissante. La lecture complémentaire du livre d’Edouard Husson consacré à Heydrich et qui a fait l’objet d’un compte-rendu sur lelitteraire.com sera fort utile sur ce point.
f. le moal
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Joseph Goebbels, Journal, 1939-1942, Tallandier, 2009, 742 p. – 35,00 euros |
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