Joseph Goebbels, Journal, 1933-1939

Joseph Goebbels, Journal, 1933-1939

Un livre qui nous entraîne au coeur de la machine du pouvoir national-socialiste

 Parmi les multitudes de sources dont dispose l’historien pour la période contemporaine, les journaux intimes s’avèrent très intéressants, notamment ceux qui n’ont pas été prévus pour une publication immédiate. Le journal de Joseph Goebbels entre dans cette catégorie. Le ministre de la propagande du III° Reich a en effet tenu entre 1923 et 1945 un journal intime et politique très détaillé. On ne peut que se féliciter de l’entreprise éditoriale des éditions Tallandier de publication en français de ces textes. Commencée par la période 1943-1945, puis 1923-1929, elle se poursuit avec les années 1933-1939, celles du pouvoir avant le déclenchement de la guerre en Europe.

Ce texte nous conduit sur plusieurs voies. Le caractère intime du texte éclaire la psychologie de Goebbels, ses relations avec sa femme Magda et ses liens avec ses nombreux enfants dont on suit les naissances au fil des années, et sa quasi idolâtrie de Hitler. Les annotations souvent fielleuses sur ses « collègues » et autres compagnons de lutte éclairent le lecteur sur les profondes divisions et rivalités qui existent au sein du cercle dirigeant du III° Reich. Les pages sur l’épuration de juillet 1934 – la nuit des longs couteaux – sont éclairantes à ce sujet !
De plus, le texte constitue une excellente synthèse de l’idéologie nationale-socialiste. Nous en conseillons la lecture à ceux qui croient encore y voir une simple dérive réactionnaire. Bien au contraire, Goebbels confirme la nature intrinsèquement révolutionnaire du national-socialisme en ne cessant de jeter les pires anathèmes sur l’aristocratie, sur la bourgeoisie conservatrice, sur la réaction en général. Le séjour à Rome et à la cour du roi d’Italie en 1938 sont sans ambiguïtés là-dessus. Enfin, la longue période envisagée permet de comprendre la montée vers la guerre, la radicalisation de la politique étrangère hitlérienne.

L’antisémitisme tient, on s’en doute, une place importante puisque cette période voit s’élaborer les lois de Nuremberg et s’achève avec la nuit de cristal, organisée par le pouvoir et dont le succès réjouit Goebbels. Un bel exemple de haine et de manipulation des foules. Notons aussi la répétition de diatribes anti-chrétiennes elles aussi extrêmement violentes. En fait, le Vatican ne se trompe pas quand il considère, dès la montée du nazisme, que son antisémitisme est consubstantiel à son antichristianisme. Régime révolutionnaire par essence et qui rejette donc tout immobilisme, le III° Reich a besoin de relancer sans cesse sa matrice idéologique, mortifère et violente. La propagande de Goebbels son goût pour la manipulation des foules et son intérêt pour les techniques modernes jouent un rôle majeur dans cette action.

Encadré par d’excellentes mises au point historiques rédigées par de grands spécialistes de l’Allemagne hitlérienne, ce livre est incontournable pour qui veut comprendre la folie criminelle du nazisme. La forme est très agréable, claire, et facilite la lecture. Un seul reproche : les notes explicatives renvoyées en fin de livre ne sont guère exploitables par le lecteur.

f. le moal

   
 

 Joseph Goebbels, Journal, 1933-1939, Paris, Tallandier, 2008, 968 p. – 35,00 euros.

 
     

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