John Burdett, Bangkok Tattoo

John Burdett, Bangkok Tattoo

Sonchaï Jitpleecheep, l’inspecteur bouddhiste repart vers de nouvelles aventures dans Bangkok et ses bas quartiers.

Sonchaï Jitpleecheep, inspecteur du 8e District de Bangkok, est un flic à la morale hors normes en Thaïlande. Fils d’une prostituée thaïe reconvertie en femme d’affaires – tenancière d’un bordel pour Occidentaux du troisième âge cherchant à assouvir leurs fantasmes – et d’un GI inconnu, ce bouddhiste pratiquant traîne comme un boulet la mort de son ancien équipier, son frère de sang, assailli par des serpents lors de la poursuite d’un trafiquant dans les rues de la capitale du vice (voir le précédent opus, Bangkok 8).

Dans un hôtel du district le plus chaud de la ville gît le corps atrocement mutilé d’un agent de la CIA. Le meurtre a forcément été commis par une prostituée de luxe, Chanya. D’ailleurs, cette dernière se garde bien de contredire ceux qui l’accusent. Mais le colonel Vikorn, responsable hiérarchique de Sonchaï et copropriétaire de l’hôtel, préfère un autre scénario : l’agent a été victime d’Al Qaida et des musulmans du sud du pays. La CIA, devenue encore plus paranoïaque que jamais depuis un certain 11 septembre, accepte tête baissée cette version. Malheureusement, les musulmans du sud n’approuvent pas. Pendant ce temps, un tatoueur japonais fait étalage de son art à la perfection divine. Cet homme, amateur de saké est un véritable tableau vivant. Dans une Bangkok qui se réveille la nuit, son membre érectile est un dessin animé de première qui attise la curiosité, l’émerveillement et les fantasmes des femmes et des prostituées. Or cet homme se retrouve un peu trop sur le terrain d’investigation de Sonchaï, alors même qu’il tombe amoureux fou de Chanya. Chanya qui a connu l’agent de la CIA assassiné bien avant sa venue en Thaïlande. Aux États-Unis…

Dans Bangkok 8, malgré une trop grande propension à citer des marques qui pouvait faire penser à du sponsoring, John Burdett avait séduit avec son enquêteur atypique et pourtant proche. Sous la plume de cet avocat de formation, Bangkok se mue en une ville foncièrement différente de celle qu’on nous décrit d’ordinaire : sa fougue, sa fureur de vivre, ses vols, ses traditions et sa générosité deviennent palpables. John Burdett vit en Asie et sait avec talent emmener le lecteur à la découverte de ce continent, de la Thaïlande et de Bangkok en particulier. Mieux qu’avec un Guide du Routard, l’on apprend avec lui à assimiler un mode de vie, un tempérament, à comprendre une population. Il nous fait éprouver pour cette ville une attirance charnelle. Seulement charnelle, sans que le lecteur se sente coupable de la moindre tentation sexuelle.

Contrairement à Bangkok 8 qui démarrait sur les chapeaux de roue pour ne cesser d’accélérer, Bangkok Tattoo est plus frileux au début. John Burdett donne l’impression de ne pas trop savoir quelle tonalité donner au roman, d’hésiter à se l’approprier. Il parsème les premières pages de blagues Carambar à deux centimes d’euros, ce qui effraie un peu. Puis, d’un coup, le déclic : la magie asiatique opère. Et l’on retrouve un John Burdett enchanteur et talentueux, ironique et jubilatoire à souhait.

julien védrenne

   
 

John Burdett, Bangkok Tattoo (traduit de l’anglais par Thierry Pélat), Presses de la Cité coll. « Sang d’encre », octobre 2006, 359 p. – 20,50 €.

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