Frances Fyfield, Le Saut de l’ange
Dans l’immeuble de Sarah Fortune, un peintre a été témoin ou acteur d’un meurtre. De quoi tourmenter notre ancienne avocate.
Sur la côte sud de l’Angleterre, Richard Beaumont, peintre désœuvré, s’apprête à dessiner un crave, une espèce de corbeau qui n’a plus été vue depuis un siècle. Au même moment, un corps de femme plane avant de s’écraser au sol. Beaumont grave l’image dans sa mémoire. De retour chez lui, il immortalise la scène en un tableau scabreux qui sera son chef-d’œuvre.
L’immeuble où habitent Richard et Lilian, sa jeune épouse qui ne comprend rien à l’art et qui voit son mari s’éloigner d’elle, abrite également l’énigmatique Sarah Fortune dont la destinée est de redonner le goût de vivre aux hommes. Son frère, Steven, quant à lui, banquier à ses heures perdues, joue de la voltige et de la cambriole. Les Chinois du penthouse – l’appartement au sommet de l’immeuble – trafiquent des objets d’art, de la drogue, et pratiquent l’import d’esclaves tziganes. Le concierge s’est pris d’affection pour Minty, une Roumaine asservie, jusqu’au jour où elle disparaît. De disparition, il est également question quand il s’agit de ce tableau horrible qu’a peint Richard et que Lilian vomit, au sens propre comme au figuré.
Richard souffre de troubles neurologiques. Il n’en est pas encore au stade de l’Alzheimer mais l’amnésie est là. Il est incapable de se rappeler s’il est à l’origine de la chute de l’inconnue ou non. Là-bas, dans la campagne, le médecin qui l’a ausculté s’est pris d’affection pour lui. Ils deviennent inséparables alors que les Chinois s’énervent, que Steven flashe pour Lilian et que cette dernière s’intéresse enfin à la peinture. La vérité est dans un tableau et dans la réapparition de corbeaux. Elle n’est sûrement pas belle à voir, mais elle permettra à certains des acteurs de ce drame de savoir si la honte fera partie de leur futur ou pas.
Frances Fyfield est une habituée des Presses de la Cité. Le Saut de l’ange est le onzième roman qui y est édité. Ombres chinoises avait, par ailleurs, reçu le Grand Prix de littérature policière, introduisant l’auteur dans le cercle très prisé des « Reines du thriller« . Juriste de formation, elle a pour habitude de donner une profession similaire à ses héroïnes. Ainsi, Sarah Fortune est-elle avocate. Animatrice récurrente d’une série inaugurée avec Des ombres sur les miroirs, Sarah est une trentenaire hors du commun et absolument pas conventionnelle. Blessée dans son esprit comme dans sa chair, elle se donne corps et âme pour sauver l’autre du désespoir. Mais attention, il ne faut pas s’attacher. Fortune est solitaire et a décidé de le rester à jamais.
julien védrenne
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Frances Fyfield, Le Saut de l’ange (traduit de l’anglais par Hubert Tézenas), Presses de la Cité coll. « Sang d’encre », novembre 2006, 275 p. – 19,50 €. |
