Joël Tettamanti, Works 2001-2019
Images d’architectures, architectures des images : Joël Tettamanti
Témoin des vertiges architecturaux de son temps, Joël Tettamenti est capable de photographier même ce qui ne parler pas forcément d’emblée à son imaginaire. Il se force alors car toute construction atteste de l’évolution de la société et de l’époque. Ces mises en scènes des constructions, même secondaires, répondent ainsi à sa boulimie d’images et ses rêves d’architecture. Saisi par le « vice » du voyage inculqué par ses parents, il ne cesse de parcourir le monde. Il naquit d’ailleurs au Cameroun, grandit au Lesotho avant de retrouver la Suisse matricielle. Il reste néanmoins un artiste citoyen du monde pour explorer les centres-villes comme ces banlieues qui peu à peu construisent les cités-mondes qu’explore pour sa part le théoricien et praticien de l’architecture Rem Koolhass.
Exposées dans le monde entier, les photographies de Tattamanti sont devenues des « must » présents dans des collections publiques et privées. Works 2001-2019 est un “work-in-progress” qui joue de trois axes : passé, présent et avenir. Preuve que l’artiste par ces photographies même anticipe sur l’avenir de l’architecture. Son livre se decompose d’ailleurs en trios formats : une édition basique en noir et blanc, une « Special Edition » qui offre au lecteur le choix de retenir l’image qu’il préfère en version couleur et une « Premium Edition » qui mixe les deux projets.
La plénitude de l’image ne passe plus par une figure de style mais par la force d’un langage qui se dégage par le côté volontairement « brut » d’une prise qui écrase tout exotisme pour soulever l’existence sous toutes ses formes. Parfois, la plasticité de la nature elle-même est retenue. Parfois, à l’inverse, c’est l’architecture qui est captée dans sa charge controversée. Soit elle affirme, soit elle nie à la fois le paysage en le déplaçant insensiblement des terres vierges vers une autre contextualisation.
Du monde bruyant ou muet, Tettamanti rapporte les traces et les énergies développées le plus souvent en plans larges voire panoramiques. Une multitude fractionnée grouille dans des captures graves, intenses. Il n’y est pas question de subordonner le lieu humain à la demeure de Dieu. L’acte de foi de Tettamanti est autre. Il témoigne autant de coupures que de retrouvailles là où l’être a tout de même marqué sa présence au sein d’un constant balancement entre une présence et son gouffre sans pour autant donner des leçons d’interprétations.
Reste l’énigme que pose cette oeuvre à la recherche d’une vérité, à la recherche de la vie. Cela n’est pas simple car, soit la « vérité » photographique dérobe la vie, soit celle-ci dérobe la première. Le créateur doit donc rester sur une arête sensible. C’est pourquoi son travail est à la fois méthodique, exigeant et minutieux afin que s’y revendique la saisie de ce qui échappe et ne pourrait se montrer autrement.
Tettamanti sait combien le réel n’a d’intérêt que par son traitement. De ses « reportages », il tire donc une alternative poétique qui devient la recherche de l’identité d’un lieu, la recherche d’une cohésion ou à l’inverse d’un hiatus.
jean-paul gavard-perret
Joël Tettamanti, Works 2001-2019, Benteli, Sulgen (Suisse), 2014.