Joël Mansa, La vie, la poésie
« Les yeux et la nuit pour comprendre le ciel »
Pour Joël Mansa et comme le prouve ce florilège de textes, la poésie est avant tout un partage – même pour ceux qui cherchent le silence. Ici, elle refuse le tout venant du langage, entre ciel et terre, non pour creuser la seconde mais ouvrir le premier. Tous les nerfs à vifs dressés comme des mâts, l’auteur abrite une ruche qui attend un signe pour frémir et ouvrir le ciel malgré les douleurs du désespéré qui espère. Et c’est dans La vie, la poésie le grand sujet humain à à la limite du communicable. Le bien-fondé de la poésie est là même si souvent la tristesse jaillit.
Elle donne sens et forme là où la vie est parfois une succession informe dont on ne perçoit pas le sens, plus que jamais quand elle est zébrée de traumas. L’écriture de Mansa vient plaquer une forme sur ce qui n’en a pas tout en donnant rétrospectivement un sens, quand bien même c’est illusoirement, à ce qui n’en a pas, justifiant l’injustifiable en en tirant, sinon, de « l’or littéraire » pour reprendre la formulation de Woody Allen dans Deconstructing Harry.
Chez Mansa, l’être peut reconnaître, sinon sa propre complétude, du moins sa propre unicité et sa propre unité. Pour le poète, existe tout de même un salut par les mots, des mots arrachés à main nue comme l’anthracite au fond de la mine, dans le noir puis portés à incandescence pour transformer la détresse en cristal.
Bref, l’œuvre de Mansa est une échappée belle même si la détresse ou la tristesse reste un moteur pour l’écrit. Existant en fonction de ce qui l’atteint, la tristesse est ce qui nous atteint, comme du reste la joie. Car elle est semblable atteinte en notre chair et en celle de l’imaginaire du poète. Ce dernier donne consistance, douloureusement ou non, à la vie rendue de finitude mais la poésie devient une façon de l’attester alors que la joie est justement la façon de s’arracher à la temporalité en en épousant tous les contours.
jean-paul gavard-perret
Joël Mansa, La vie, la poésie , Le Nouvel Athanor, coll. Poètes trop effacés, Paris, 2026, 160 p. – 17,00 €.