Joan Miró, Femmes, oiseaux et monstres…(exposition)

Joan Miró, Femmes, oiseaux et monstres…(exposition)

Poésie picturale

Chez Miro, tout ce qui désoriente le spectateur n’est pas le seul fruit d’une tendance « surréalisante ». Toutes les données d’une avant-garde dont l’artiste fut partie prenante ne peuvent encadrer son travail. Chez lui domine l’omniprésence du mouvement qui établit une nouvelle dramaturgie picturale « pure ». En un moment où fut compris que copier la réalité n’avait plus de sens, Miro en tira ses propres conséquences. Il créa des brèches sur un horizon étrange.
Surgit la nudité spécifique de la pulsion, en un espace où chaque élément de trace peut s’entendre à la fois comme offrande et comme provocation. Le « graffiti » de Miro submerge, déborde, fait imploser le monde. Ses totems produisent le même effet. La sculpture comme la toile devient une métaphore du passage de l’infini du désir dans le fini des formes où il se fixe.

L’artiste revenait à un geste primitif pour créer une dimension esthétique qui s’opposait aux anciennes manières de marquer le territoire de l’art. Transgressif -forcément -, un tel art montait à l’assaut des mystiques et des réalismes. La politique et le social vinrent parfois y faire leur lit mais de manière indirecte.
Le dévergondage et la fête des formes s’imposent aujourd’hui encore par leur puissance outrancière à l’échelle du monde. Polymorphe, l’œuvre de Miro crée une poésie picturale inégalable. Elle fait de lui à côté de Dali et de Picasso un des trois créateurs hispaniques phares du siècle dernier. Ils poussèrent le plus loin le chant des possibles pour atteindre des lieux d’exception autant par le « jeu » qui implique la vitesse, la rapidité d’exécution que des élaborations qui demandèrent plus de temps en ouvrant la picturalité jusque vers la problématique du lieu et de la performance.

C’est pourquoi cette exposition qui remet Miro dans ses « jardins » d’élection garde tout son sens.
Notons qu’en parallèle est publié le dernier volume du catalogue raisonné des dessins de Miró. En tout quatorze volumes couvrent désormais peintures, sculptures, céramiques, dessins, le tout initié par Jacques Dupin.

jean-paul gavard-perret

Joan Miró,  Femmes, oiseaux et monstres…, Galerie Lelong and Co, Paris, du 6 septembre au 10 octobre 2018 .

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