Jo Hubert, L’été de la Petite

Jo Hubert, L’été de la Petite

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Chacun garde dans sa tête des histoires de famille. Les plus fortes furent celles que l’on connut enfant. Elles étaient d’autant plus troublantes et prégnantes qu’on ne les comprenait pas forcément ou du moins en totalité.
Parfois, une personne bienveillante nous en sevrait de peur de nous choquer, parfois une malveillante se servait à l’inverse de notre présence pour régler ses comptes à la volée sous prétexte de nous apprendre ce qui s’était passé.

Et pour y remonter, Jo Hubert ne joue pas ici les femmes savantes. Bien au contraire. Elle se met dans l’état d’esprit de la Petite qu’elle était.
Apparemment, elle ne l’a jamais quittée, d’où la force subjective d’une poésie qui – parce que minimaliste – devient la plus pertinente qui soit.

Le livre en ces suites de vignettes demeure le chant d’un été où s’apprend que les vies des plus proches n’étaient pas forcément ce que la Petite pensait qu’elles fussent.
Il y a pourtant ici, et même si le mot me fait horreur, toute la force de résilience que l’enfance sait accorder à des situations dont l’auteure ne put que subir les conséquences notables.

Nul pathos pour autant. Jo Hubert reste au ras des faits. Subit. Tente de comprendre. Elle entend, écoute, se tait le plus souvent – d’autant que certaines réponses, lorsqu’elle les ose, ne sont pas les plus probantes pour elle.
A la question :  « Pourquoi Maman ne revient pas ? », la réponse : « Parce qu’elle a l’amour en tête » n’est pas forcément la plus adéquate même si elle a le mérite de la vérité…

Et c’est comme si, ici, la petite pouvait renoncer aux phrases à rallonge, avec des subordonnées multiples, des tonnes de virgules et pas de point au bout d’une page. C’est fascinant, poétique, drôle, douloureux et intelligent.
C’est aussi un été où la petite a appris à chercher, à continuer à apprendre pour toute sa vie.

D’une certaine façon, au-delà de la souffrance d’alors, c’est une manière de remercier la vie en dépit de ses méandres et de ses histoires d’amour.

jean-paul gavard-perret

Jo Hubert, L’été de la Petite, Cactus inébranlable éditions, 2021, 70 p. – 8,00 €.

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