Jean Tulard, Dictionnaire du roman policier
Travail bâclé ou travail nul ? J’hésite. À moins que ce soit le terme travail qui soit inapproprié
Jean Tulard (que, pour des raisons pratiques, on devrait appeler « J’entube l’art » ou « Je tue l’art », mais qu’on préfèrera nommer le « Mystificateur », tant ce surnom lui colle bien à la peau) est un fat arrogant, opportuniste, menteur et méprisant. Son inculture en matière de roman policier est assez effarante pour qui prétend faire un dictionnaire du genre. Quand, pour des raisons d’ego démesuré ou d’argent, il se décide à traiter d’un sujet en vogue – le Polar, en l’occurrence – le Mystificateur devrait assurer ses arrières et ne pas s’abriter uniquement derrière des critiques-paravents, parfaits grooms d’ascenseur du Ritz. Il n’est, dans le cadre d’une telle démarche, pas inutile de savoir s’entourer de bons spécialistes du genre, ni, surtout, de lire des romans policiers.
Ce n’est pas parce que dans « dictionnaire » il y a « erre » que l’on peut s’aventurer, la fleur au fusil, sur des sentiers inconnus. La quatrième de couverture nous en dit long sur le personnage. Je ne fais que citer la dernière phrase :
Cette mine sans équivalent est appelée à devenir la bible des milliers d’aficionados et de lecteurs occasionnels de romans policiers.
Cette phrase sans détour reflète un parfait négationnisme, si l’on me permet l’usage de ce terme, tant c’est faire offense au Dictionnaire des littératures policières, sorti en 2003 que de le mettre ainsi aux oubliettes. Qu’à cela ne tienne, le Mystificateur pourrait me répliquer qu’il y va de son hommage dans une introduction haute en couleur et qui, sans contestation possible, est la meilleure partie du truc que ce monsieur a sorti d’on ne sait où.
Cependant, la quatrième de couverture n’a pas entièrement tort. Cette chose est un véritable champ de mines. Les erreurs pullulent (si l’on devait les recenser, cela ferait un second, voire un troisième volume à rajouter à ce… dictionnaire), les omissions sont nombreuses et irraisonnées et, ce qui par-dessus tout est insupportable, le Mystificateur donne son avis sur des livres qu’il n’a pas lus. Tout au plus a-t-il survolé d’autres quatrièmes de couverture.
Pourquoi ce dictionnaire n’est pas sérieux ? Parce que :
Les bibliographies des auteurs sont incomplètes et fantaisistes.
Certaines ne sont pas mises à jour (Dominique Sylvain, Jean-Bernard Pouy) ; d’autres prennent en compte des nouvelles (le Mystificateur a ainsi recopié la table des matières, de façon là aussi incomplète, des Histoires de détectives de Dashiell Hammet ; je l’engage par ailleurs à découvrir La Mort, c’est pour les poires, sa correspondance éditée chez Allia) ; d’autres enfin sont assez douteuses en matière de dates.
Des collections ou maisons sont présentes, d’autres étrangement absentes tant elles ont marqué le paysage éditorial (NéO avec « Le Miroir obscur », tout Clancier Guénaud, « Sombre Crapule ! »… autrefois, Liana Levi, Ginko, « Noir urbain »… aujourd’hui) alors que Fayard (l’éditeur du Mystificateur) a une entrée plutôt fournie. Quand le Mystificateur s’éloigne en des horizons délicats, les erreurs se multiplient (Baleine, « Le Poulpe » ; il voit en « Pierre de Gondol » – dix titres – une collection phare et il omet « Macno », « Velours », « Canaille », « Tourisme & Polar »…)
Toujours au sujet du « Poulpe » la liste des romans est incomplète et certains des titres et noms d’auteurs sont barbarisés : Pigalle et les fourmis de Thierry Crifto en lieu et place de Pigalle et la fourmi, de Thierry Crifo).
La suite ne serait que ridicule si le Mystificateur ne se complaisait pas à donner son avis (au demeurant très mauvais, mais bon…). À l’entrée « FAST, Howard », le Mystificateur croit bon de nous asséner :
L’apport de Fast au roman policier (malgré une œuvre abondante et en dépit de quelques références politiques tirées de sa propre expérience) a été mince. Il s’est contenté d’imiter.
De toute évidence, le Mystificateur, qui ne connaît même pas la collection « Le Miroir obscur », n’a pas eu le plaisir d’y découvrir l’Ange déchu, Cour martiale ou la série aux prénoms féminins. Howard Fast est aujourd’hui réédité chez Rivages. Preuve que son talent médiocre a convaincu François Guérif !
Voilà, quand on veut savoir si on peut faire confiance ou non à ce qui veut être un dictionnaire, on regarde les entrées que l’on connaît. J’invite tout lecteur qui aurait ce bouquin entre les mains (surtout, allez en bibliothèque, ou regardez en librairie mais alors n’oubliez pas de le reposer, ne l’achetez pas !) de choisir son auteur fétiche. Il aura de la chance s’il le découvre. Après, je suis sûr qu’il sera, comme moi, effaré. Je n’ai pas peur de le dire, ce livre est tellement mauvais qu’on ne saurait même pas l’utiliser en PQ recyclé. Si l’encre est à la hauteur du contenu, on se retrouvera avec le postérieur taché indélébilement – ou débilement, au choix.
Les gens avides d’informations sérieuses sur le genre et ses parutions attendront mars 2006, pour voir sortir une réédition – revue et complétée – du Dictionnaire des littératures policières, ou se plongeront dans Les Crimes de l’année ou L’Année de la fiction, autant d’ouvrages de référence réalisés par des personnes sérieuses et compétentes à qui il ne viendrait pas l’idée saugrenue d’écrire un Mon dictionnaire sans image de mon roman policier à moi.
j. vedrenne
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Jean Tulard, Dictionnaire du roman policier, Fayard, septembre 2005, 768 p. – 35,00 €. |
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