Jean-Sylvestre Mongrenier, La Russie menace-t-elle l’Occident ?
L’Europe doit-elle avoir peur de la Russie ?

Lors de son voyage officiel en France, il y a quelques jours, le président russe Medvedev s’est rendu à Notre-Dame de Paris afin d’y adorer le couronne d’épines du Christ. Cet acte est plus que symbolique et donne à réfléchir sur la Russie actuelle.
Jean-Sylvestre Mongrenier appartient à la génération montante de l’école géopolitique française. Il est un élève d’Yves Lacoste, qui a beaucoup œuvré pour le renouvellement de la discipline et qui signe la préface du présent livre.
Le titre se veut sans doute un peu accrocheur. Le lecteur ne doit pas se laisser abuser. Il n’y trouvera aucune révélation apocalyptique sur un potentiel danger d’agression de la Russie sur l’Occident. Fidèle à la méthode d’analyse géopolitique, l’auteur garde au fil des pages un ton mesuré et une rigueur toute scientifique.
Cette étude se présente davantage comme un avertissement. Son objectif est de contrer un certain nombre d’idées qui circulent en Occident sur la Russie. La principale est celle qui fait du pays du couple Medvedev-Poutine un pays tourné vers l’Occident, parce que sa géographie, son histoire, sa substance en quelque sorte, l’y pousseraient.
Bien au contraire, explique Mongrenier, la Russie est un pays eurasiatique, tourné aujourd’hui vers l’Asie, centre d’attraction majeure du monde actuel. A l’appui de sa thèse, il passe en revue toute l’activité des dirigeants russes, dans les domaines politique, économique, énergétique, qui prouvent que Poutine a opéré une changement radical entre 1999 et 2003 par rapport à la politique pro-occidentale de Boris Eltsine.
Même si Mongrenier nous épargne les sempiternelles leçons de morale sur l’autoritarisme de la Russie actuelle, et critique même, dans des pages délicieuses, les thèses primaires des anti-Bush forcenés, il se garde bien de montrer la moindre sympathie pour les dirigeants du Kremlin. On est loin ici des thèses développées par Marc Rousset dans son livre La nouvelle Europe. Paris-Berlin-Moscou. Loin d’appeler à la formation d’une Europe anti-atlantiste autour de la France, de l’Allemagne et de la Russie, Mongrenier cherche à alerter les Occidentaux sur la réalité de la politique russe, qui cherche à réaffirmer sa puissance dans le monde, et lance un appel à la solidarité occidentale. Les velléités françaises et allemandes de mettre en place des axes bilatéraux sont vertement vilipendés.
On peut critiquer, comme le fait Mongrenier, le révisionnisme brutal des Russes face à la Géorgie, mais en rappelant que les Occidentaux ont agi de même sur la Serbie pour le Kossovo ; on peut trouver exagérer les craintes russes face aux révolutions colorées qui les cernent à condition de parler du rôle qu’y ont joué certaines ONG américaines, voire les autorités de Washington.
Incontestablement, le livre permet de bien comprendre la Russie et le grand jeu géopolitique auquel elle s’adonne depuis l’arrivée au pouvoir de Poutine. Pourquoi fait-elle peur ? Mongrenier donne une clé de compréhension essentielle : « les dirigeants russes n’aspirent pas à un âge post-national mais veulent réaffirmer la souveraineté tant intérieure qu’extérieure de la Russie » Comme le rappelle très bien Gabriel Robin qu’il faut relire, le rejet de l’Etat et de la souveraineté des élites européennes n’est pas un sentiment largement partagé dans le monde…
La Russie a-t-elle néanmoins les moyens de ces ambitions ? Avec raison, Mongrenier ne le croit pas et relative donc la menace qu’elle pourrait exercer. Encore faut-il se demander si la catastrophe démographique qui la touche constitue un bienfait pour l’Occident lui-même !
Dans une conclusion particulièrement stimulante, Mongrenier ouvre des pistes de réflexion sur l’avenir géopolitique de la Russie. Le débat reste plus que jamais ouvert sur la place dans le monde d’un pays, dont le général de Gaulle disait : « La Russie n’est ni en Europe, ni en Asie, elle est en Russie. »
f. le moal
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Jean-Sylvestre Mongrenier, La Russie menace-t-elle l’Occident ?, coll. « edito », Choiseul, novembre 2009, 220 p.-, 17,00 € |
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