Jean-Roch Siebauer, Nymphes, sirènes, poupées, anges & autres larves

Jean-Roch Siebauer, Nymphes, sirènes, poupées, anges & autres larves

Princesses et Grincesses

Un traité des Nymphes et des lymphes est aussi un moyen de se débarrasser du cœur humain. Une certaine exposition de l’intime est effectuée par incision du corps pour l’accouchement de divers chrysalides et autres larves qui le hantent. Siebauer apprend combien l’amour est un mot faux et une faux soyeuse, bref une notion trouble qui mélange tout (désir, don, préhension et appréhension). Le mot est écrasant comme les trois qui généralement le déclinent et le déchirent : « je t’aime ». Ils font de l’autre un objet et l’aliène. Il faut préférer l’intime des transformations « siebauriennes » : elles deviennent l’espace de la véritable rencontre. On est loin ici des bêtises de La Princesse de Clèves, de celles des « Confessions » de Rousseau ou du « De l’Amour » de Stendhal. Au pur déclaratif déclamatoire, le nouveau docteur Folamour propose d’autres « montrages » moins bruyants mais plus efficaces. Il évoque l’animal que nous ne serons jamais et que nous sommes toujours.

L
a larve et la poupée, le jouet et la bête permettent de dépecer ce qui dans l’homme est difficile à penser. L’auteur met donc en exergue un pré-requis philosophique imprudent : l’éclaircie spirituelle de l’être y fait l’impasse sur ce qui dans l’individu est conforme à sa nature première. Or, pour Siebauer, l’homme n’est pas supérieur à la bête. La pauvreté du moi humain tient à ce qu’il se refuse d’être le peu qu’il est et laisse donc échapper le monde. Or, on ne peut retirer le monde à l’animal. Celui-ci, pour viser le monde ,n’a pas besoin d’un idéal, d’un dieu et de la schizophrénie morale au sujet du vivant. Il est donc capable de montrer notre pusillanimité et notre absence de vertu.
Siebauer ne s’en prive pas. De son livre émane avec humour et impertinence l’intimité ouverte.

jean-paul gavard-perret

Jean-Roch Siebauer, Nymphes, sirènes, poupées, anges & autres Larves », Editions de la Bibliothèque, Collection Les Billets de La Bibliothèque, 2014, 93 p.

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