Jean-Pierre Rives et Alain Gex, Le Rives

Jean-Pierre Rives et Alain Gex, Le Rives

Casque d’Or méritait bien cette somme, tout imparfaite soit-elle

Après une coupe du monde de rugby faite de prestations plutôt moyennes de notre équipe nationale, parvenant malgré cela à se hisser en finale sans pour autant faire rêver (hormis dans la défaite) ses supporters, aujourd’hui beaucoup plus nombreux qu’il y a vingt ans, il est toujours bon de rappeler ce qu’ont été les vraies légendes de ce sport.
Jean-Pierre Rives est l’une d’elles. Capitaine de l’équipe de France à la fin des années 70 à et au début des années 80, certaines images de ce troisième ligne flamboyant – crinière blonde au vent pendant le grand chelem 1977, maillot ensanglanté après un choc victorieux contre les Gallois, visage ému après la première victoire française en Nouvelle-Zélande, le 14 juillet 1979 – ont imprégné l’imaginaire collectif (surtout des plus de quarante ans, il faut bien le reconnaître…).
Même Casque d’or, le surnom que lui a donné le chantre du rugby de l’époque, Roger Couderc, participe de cette construction digne d’une mythologie à la Roland Barthes, et rappelle encore un temps où l’imaginaire collectif s’organisait autour de figures fédératrices, avec des valeurs de courage, de patriotisme et de sacrifices. Bref, le mythe de Rives s’inscrit encore dans l’histoire, plutôt que dans la sociologie appliquée (comme pour l’équipe de foot de 98) ou dans l’éloge de la rigueur professionnelle des années 2000 (avec l’équipe de handball polychampionne, surnommée Les Experts).

Le livre est organisé de manière à faire revivre cette légende (c’est un peu le principe de la collection « Hommage du sport »), et rassemble dans une première partie un florilège d’articles de différentes époques, retraçant le parcours exceptionnel du joueur, alors que dans la seconde partie des textes de lui ou des témoignages divers (amis, partenaires…) permettent de mieux comprendre le rayonnement et la personnalité singulière de celui qui s’est affirmé après sa carrière sportive comme un artiste sculpteur de talent et un homme de l’ombre du rugby français, animateur de ce club élite d’anciennes et de moins anciennes gloires appelées les Barbarians français.
Le tout est abondamment illustré par une iconographie riche, mais parfois maladroitement colorisée, pour certaines photos qui auraient pu rester en noir et blanc. On regrette aussi que la carrière d’après le rugby, notamment celle du sculpteur réputé et talentueux soit juste évoquée.

L’impression finale est mitigée, d’abord du fait de la grande hétérogénéité des textes (il aurait peut être fallu raconter la carrière de JPR a l’aide de textes plus récents et les illustrer d’extraits d’articles judicieusement choisis…), ensuite a cause de la difficulté pour les maintenant nombreux amateurs néophytes du rugby – qui pourraient réellement se passioner pour cet ouvrage – de pénétrer ce très dense tissu de références, de personnages, d’histoires, une trentaine d’années après le temps de la « légende ».
Les afficionados y trouveront certainement leur compte, mais il est peut-être temps de faire sortir le rugby de ses bases arrières pour faire entrer dans le temple des foules qui ne demandent que ça. Il n’en reste pas moins que la légende est bien vivante et méritait au moins cette somme, toute imparfaite fût-elle.

agathe de lastyns

   
 

Jean-Pierre Rives et Alain Gex, Le Rives, coll. « Hommage du sport »), Jacob-Duvernet, août 2011, 145p.- 25,50 €

 
     

 

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