Jean-Paul Tribout et le Festival des Jeux du théâtre de Sarlat
Découvrez le Festival des Jeux du théâtre de Sarlat en compagnie de son directeur artistique, Jean-Paul Tribout
Du 17 juillet au 4 août prochains, Sarlat accueillera son festival annuel des Jeux du Théâtre. Pour la 55e année consécutive, la fameuse cité périgourdine, célèbre notamment pour sa partie ancienne admirablement restaurée, va se mettre à l’heure des tréteaux et garnir de scènes et de gradins provisoires la Place de la Liberté, le Jardin des Enfeus, L’Abbaye Sainte-Claire et le Jardin du Plantier. Pendant trois semaines la folie théâtre va courir par rues et venelles, entraînant au passage touristes curieux et amateurs habitués pour les rassembler chaque soir devant un spectacle différent, en rangs que l’on espère serrés.
Le festival de Sarlat n’a peut-être pas le retentissement médiatique de celui d’Avignon, mais il n’en a pas moins une place de choix dans le cœur des gens de théâtre ; pour en connaître l’histoire, et avoir un avant-goût de ce qui sera présenté cette année, je n’aurais pu espérer meilleur guide que son directeur artistique, en l’occurrence Jean-Paul Tribout. Au cours d’un bref passage à Paris, au sortir d’une répétition et avant de partir en tournée, il a bien voulu consacrer un peu de son temps à cet entretien. Il lui aura fallu interrompre son déjeuner, et se résigner à déguster des pommes sautées refroidies, à boire un petit blanc tiédi à la chaleur de juillet, et à abandonner quelque temps ses compagnons comédiens. Malgré ces désagréments, il me parla longuement du festival, de son travail de directeur artistique qu’il mène en parallèle à sa carrière d’acteur et de metteur en scène, avec un enthousiasme tel qu’en quittant le Café des 100 kilos, non loin du square Saint-Ambroise à Paris, où eut lieu cette conversation en coin de table, j’aurais voulu sans délai me trouver à Sarlat en train d’attendre le début d’une représentation, pressée de jouir d’un spectacle et d’applaudir les comédiens…
Beaucoup de gens vous connaissent pour avoir incarné Pujol dans Les Brigades du Tigre, considérée aujourd’hui comme une série culte – mais peut-être serait-il intéressant, en tout premier lieu, d’évoquer votre carrière au-delà de cette image immédiate ?
Jean-Paul Tribout :
Il est fréquent que le public attache le nom d’un acteur à un rôle unique, a fortiori quand il a joué ce rôle dans un film, une série ou une pièce « culte » – et, en ce qui me concerne, c’est en effet au personnage de Pujol que la plupart des gens associent mon nom… J’ai pourtant joué dans bien d’autres séries télévisées que Les Brigades du Tigre, surtout pendant les années 70 / 80 – je citerai, entre autres, La Demoiselle d’Avignon ou L’Homme de Picardie. Mais bien que j’aime beaucoup tourner pour la télévision ou le cinéma, je suis d’abord et avant tout acteur de théâtre. J’ai commencé ma carrière à la fin des années 60, au moment de la décentralisation, j’ai joué au TNP, j’ai travaillé avec des gens très divers, je suis passé du public au privé, de Planchon à Camoletti, des théâtres nationaux aux aventures marginales… il m’arrive aussi d’être metteur en scène… En d’autres termes, c’est le parcours normal d’un comédien qui n’est ni vedette, ni chômeur !
Comment avez-vous rencontré le festival de Sarlat ?
Je suis d’abord venu plusieurs fois au festival pour jouer et mettre en scène au milieu des années 80 – j’ai notamment monté Un légataire universel avec Michel Galabru, et joué dans une pièce d’Agathe Alexis qui s’appelait Deux Labiche dans une armoire. Puis il se trouve que, Parisien d’origine, je suis Périgourdin d’adoption : j’ai une maison près de Sarlat et cela fait 25 ans que je viens en Périgord. Et quand les responsables du festival de Sarlat m’ont demandé si cela m’intéressait d’en assurer la direction artistique, j’ai répondu que je voulais bien tenter l’expérience. Elle a dû être concluante puisque ce sera, cette année, mon onzième festival ! Je dois être le directeur artistique qui sera resté en place le plus longtemps – mais cela n’a rien à voir avec le talent : peut-être dois-je simplement cette longévité exceptionnelle à ce poste au fait que je représente le meilleur rapport qualité-prix (rires) !
Le Festival de Sarlat fête en 2006 sa 55e édition ; c’est une manifestation qui a une longue histoire mais qui demeure d’envergure modeste : il est géré par une association « loi 1901 » et dispose de peu de moyens – cette association fonctionne toute l’année avec un seul permanent à mi-temps. Tous les autres sont des bénévoles. Le président actuel, Jacques Leclaire, a repris la gestion du festival il y a une douzaine d’années et il lui a vraiment donné une impulsion nouvelle : en dix ans, on a présenté plus de spectacles que durant les quarante-cinq premières éditions ! À l’origine, le festival se résumait à deux ou trois spectacles que comédiens et metteurs en scène venaient préparer sur place : ils s’installaient dans la ville pour répéter pendant trois ou quatre semaines, on fabriquait les décors et les costumes et, quand tout était prêt, deux ou trois représentations étaient données. C’était une période très conviviale, très chaleureuse, où les artistes faisaient partie de la ville pendant quelques semaines, et les vieux Sarladais gardent un souvenir ému de ces années-là. Mais Sarlat était alors une ville relativement isolée ; aujourd’hui, c’est un pôle touristique de premier plan : il passe environ un million de touristes chaque année ! Le festival a donc pris de l’ampleur – on propose en trois semaines vingt-deux spectacles, très divers dans leur forme comme dans leur ton ; chaque soir une compagnie joue dans un lieu différent… Et il y a aussi des rencontres quotidiennes qui rassemblent spectateurs, comédiens, metteurs en scène… etc. Je ne suis pas l’inventeur de ce type de rencontres – Jean Vilar en organisait déjà de semblables dans les années 50 à Avignon – mais ces échanges entre public et « praticiens » du théâtre sont un peu devenues une spécialité sarladaise. Certaines personnes m’ont même dit qu’elles venaient à Sarlat autant pour les spectacles que pour ces rencontres…
Voulez-vous parler des « Rencontres de Plamon » ?
Oui, c’est cela. Elles se déroulent tous les matins vers 11 heures à l’Hôtel Plamon – un hôtel particulier situé en plein cœur de la ville, tout à côté du bureau du festival. Ces rencontres, que j’anime avec des amis journalistes, réunissent en général une centaine de personnes. On y évoque la représentation de la veille, puis on présente celle du soir. Comédiens et metteurs en scène répondent aux questions du public – lesquelles sont, la plupart du temps, d’un niveau agréablement élevé : les spectateurs qui participent à ces rencontres sont des amateurs avertis, et leurs interrogations, leurs remarques nous donnent un aperçu précieux de la perception qu’ils ont eu de notre travail. Nous apprécions beaucoup ce genre de rencontres car nous avons rarement de tels retours immédiats : en temps normal, quand nous jouons, une fois la représentation terminée, les gens applaudissent, s’en vont, et nous ne les revoyons pas, nous ne saurons jamais ce qu’ils auront retiré du spectacle…
Il y a au programme une « journée Société des auteurs », le dimanche 30 juillet. De quoi s’agit-il ?
La « Société des auteurs » est en fait la SACD – Société des auteurs et compositeurs dramatiques – fondée par Beaumarchais. C’est un organisme qui protège les auteurs, se charge de la perception et de la redistribution des droits et qui, de plus, mène diverses actions d’intérêt général. Sur l’ensemble des droits que touchent les auteurs, la SACD en prélève une partie qui ira alimenter une caisse commune, laquelle sert à financer la diffusion des œuvres, la formation des professionnels et l’aide à la création. Dans le cadre de cette aide à la création, la SACD, consciente des efforts que nous faisons pour les auteurs contemporains, apporte son soutien au festival de Sarlat durant une journée. Celle-ci commence par une rencontre matinale centrée sur des auteurs contemporains, et se poursuit avec une lecture d’une pièce inédite par des comédiens participant au festival. En soirée, les spectateurs sont invités à partager une Assiette périgourdine avec auteurs et comédiens, avant d’assister à un spectacle, toujours signé par un auteur contemporain. Cette année, on découvrira en lecture La Belle et le hussard, de Benoît Marbot puis, le soir, Quand même, un texte de Danièle Sallenave interprété et mis en scène par Marie-Christine Conti. C’est une journée de convivialité dont l’atmosphère particulière suffit parfois à attirer les gens vers des pièces qu’ils n’iraient peut-être pas voir spontanément en dehors de ce contexte-là. Cette « Journée » connaît un gros succès – au point que, si nous parvenons à trouver les financements nécessaires, nous projetons d’organiser un concours qui permettrait à l’auteur lauréat de monter et de présenter son texte récompensé au festival de l’année suivante.
Les spectacles programmés sont-ils essentiellement des créations, appelées à tourner ensuite, ou bien des spectacles déjà joués ailleurs et invités à Sarlat à l’occasion du festival ?
La programmation est mixte. Nous présentons en effet des spectacles qui ont été joués ailleurs, mais aussi des pièces retenues alors qu’elles n’existaient pas encore dans leur état d’achèvement et dont nous avons acheté une représentation pour le festival. Ce n’est pas de la « création » au sens strict du terme – le festival de Sarlat n’a pas le budget suffisant pour cela : les moyens dont nous disposons suffiraient à peine à monter entièrement un spectacle… – mais nous tâchons de nous situer en amont du travail d’artistes que nous connaissons, et dont nous apprécions les projets qu’ils nous soumettent. En achetant ainsi une représentation, nous espérons que d’autres programmateurs feront de même, et cela permet parfois à un spectacle d’exister pleinement. Nous sommes aussi coproducteurs de spectacles importants, comme La Guerre de Troie n’aura pas lieu, mis en scène par Nicolas Briançon, ou À la recherche de Joséphine, de Jérôme Savary.
Établir la programmation d’un festival de spectacle vivant comme celui de Sarlat est particulièrement délicat parce que l’on est soumis à de nombreuses contraintes : les pièces que nous présentons doivent pouvoir être jouées en plein air, les artistes doivent être disponibles aux dates voulues… et, surtout, il faut avoir présent à l’esprit que le propre du théâtre est d’être inscrit dans le présent, dans l’immédiat – Antoine Vitez disait que les gens de théâtre sont des poètes qui écrivent sur le sable. Il n’y a pas de place pour un quelconque « syndrome Van Gogh » : si une pièce ne trouve pas son public dès sa création, elle ne le trouvera pas dix ans plus tard pour la bonne raison qu’elle n’existera plus ! Au théâtre, la réussite doit être tangible tout de suite alors qu’au cinéma, un film peut être un bide à sa sortie puis devenir des années plus tard un classique incontournable, comme Casque d’Or, par exemple. Il m’a parfois été impossible d’inviter un spectacle à Sarlat parce qu’à peine quelques mois après que je l’avais vu, il n’existait déjà plus… Je dois donc toujours mettre en adéquation le possible et le rêvé quand je compose le programme du festival. Mes choix sont bien sûr fonction de mes goûts personnels – qui peuvent se définir par une exigence de qualité – mais ils visent aussi à séduire le public. Cela ne veut pas dire que je veuille proposer un théâtre unanimiste ni bâtir une sorte de supermarché de la culture : j’aspire simplement à partager des choses que j’ai aimées avec des gens qui sont susceptibles de les aimer aussi. Je pars du principe que le festival s’adresse à des spectateurs et non à des clients : à ces derniers on donne ce qu’ils demandent tandis qu’on s’efforce d’amener les spectateurs vers un théâtre qu’ils ne soupçonnent pas. Je suis convaincu que la programmation est suffisamment éclectique pour que les amateurs de théâtre puissent tous trouver de quoi se satisfaire, depuis la petite forme rare qui drainera une centaine de spectateurs au grand spectacle qui fera gradins combles sur la grand-place…
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Cette programmation variée se répartit en différents lieux de la ville, quatre je crois, chacun ayant des capacités d’accueil différentes…
Jean-Paul Tribout :
Oui, c’est cela : la Place de la Liberté peut accueillir 1200 spectateurs, le Jardin des Enfeus 450, l’abbaye Sainte-Claire 200, et le Jardin du Plantier 400. À chacun de ces lieux correspond un type de spectacle différent ; il doit y avoir adéquation entre la scène et la pièce jouée. J’ai donc programmé sur la Place de la Liberté les spectacles susceptibles de drainer un gros public : À la recherche de Joséphine, de Jérôme Savary – un spectacle est particulièrement pertinent à Sarlat puisque Joséphine Baker a vécu au château des Milandes, à une dizaine de kilomètres de là. De plus, il paraît que c’est la plus belle réussite de Jérôme Savary… On pourra voir également sur cette place La Guerre de Troie n’aura pas lieu, de Giraudoux – une « valeur sûre » – et Moins deux, de Samuel Benchetritt – les gens viendront parce qu’il y a Jean-Louis Trintignant et Roger Dumas à l’affiche, mais ils découvriront en même temps un auteur contemporain extrêmement minimaliste, qui est un peu au théâtre ce que Philippe Delerm est à la littérature.
À côté de cela, L’abbaye Sainte-Claire et le Jardin des Enfeus accueillent des pièces plus rares, qui sont à découvrir dans l’intimité d’un espace restreint – je pense aux Esquisses viennoises, d’Altenberg, aux Confessions d’un musulman de mauvaise foi, de Slimane Benaïssa, ou encore à la formidable adaptation du Banquet de Platon signée Dominique Paquet – une sorte de café philo sur l’amour où chacun expose ses idées en étant complètement beurré… J’aurais évidemment beaucoup de mal à recommander un spectacle plutôt qu’un autre : si je les ai choisis, c’est que je les aime tous ! C’est au spectateur de choisir en fonction de sa sensibilité. Je pense bien sûr que certains sont à voir à tout prix – mais je ne vous dirai pas lesquels !
Vous êtes vous-même à l’affiche d’une adaptation de Jacques le Fataliste, de Denis Diderot. Pourriez-vous, en avant-première, parler un peu de cette pièce ?
Depuis que je m’occupe du festival de Sarlat, j’ai toujours veillé à ne pas me cantonner à la position de simple programmateur qui achète des spectacles ; j’aime être présent sur le terrain et jouer avec mes camarades. D’ailleurs, la plupart d’entre eux me connaissent, savent que je suis comédien, metteur en scène, et ils me considèrent comme un de leurs pairs. C’est très important pour moi d’être perçu ainsi. Cette année je joue donc dans cette adaptation de Jacques le fataliste mise en scène par Jean-Daniel Laval, un spectacle créé au théâtre Montpensier à Versailles, qui a été repris l’hiver dernier à Paris au théâtre de la Huchette puis qui a tourné dans quelques festivals. Je suis particulièrement heureux de jouer ce texte, d’abord parce que le XVIIIe siècle est une période fascinante – nous vivons toujours, en Europe occidentale, sur l’héritage des Lumières – et ensuite parce que Jacques le fataliste est un pur régal littéraire. La langue de Diderot est un plaisir à mâcher, et il y a dans cette œuvre une liberté d’écriture hallucinante, presque oulipienne… c’est formidable ! De plus, la problématique à laquelle s’intéresse Diderot – quelle influence a-t-on sur sa vie ? Est-on maître de son destin ou bien est-ce le destin qui mène l’homme ? – est toujours de nature à intéresser le public d’aujourd’hui. Jacques le fataliste est une espèce de joute philosophique entre Jacques, qui pense que tout est écrit, que le déterminisme existe et qu’on ne peut pas aller à son encontre, et son maître qui, lui, pense au contraire que l’on peut influer sur son destin et que l’homme dispose d’une marge de manœuvre à partir de ce que la vie lui donne et sur quoi il ne peut rien. C’est en gros la position de Diderot, et celle des Encyclopédistes. Jean-Daniel Laval a réalisé une adaptation extrêmement savoureuse ; il joue le rôle de Jacques et moi celui du maître. C’est un comédien que j’aime beaucoup et c’est un plaisir de lui donner la réplique…
Quelle somme de travail représente, sur une année, la préparation du festival de Sarlat ?
Quand on demandait à Picasso combien de temps il lui fallait pour faire un tableau, il répondait son âge… J’aurais bien envie de répondre de la même façon. Ce que je programme à Sarlat ne provient pas seulement de ce que je vois dans l’année : c’est aussi le fruit de plus de trente ans de pratique théâtrale. Établir une programmation reste très artisanal, nous nous basons beaucoup sur la connaissance que nous avons les uns des autres, mais nous restons ouverts aux découvertes, et de nouveaux artistes viennent rejoindre le cercle des habitués… Mais cette dimension artisanale, conviviale, ne me fait pas oublier que je dois donner au programme une certaine cohérence. Comme je vous l’ai dit, il faut mettre en adéquation le possible et le rêvé, faire en sorte que la nature d’un spectacle soit compatible avec le lieu qui va l’accueillir et, outre cela, il faut varier les registres et maintenir un équilibre entre comédie et tragédie, entre spectacles grand public et petites formes rares, etc. Je sais que les gens, dans leur grande majorité – je ne parle pas des amateurs avertis – viennent d’abord voir ce qu’ils connaissent – une œuvre connue, un acteur, un metteur en scène ou un auteur vedette. Je sais que si je mets à l’affiche Les Fourberies de Scapin ou Don Juan, le public sera au rendez-vous – et chaque année il y a ainsi de « grosses » pièces qui sont proposées. Mais mon ambition est aussi de faire découvrir des choses plus rares, et de vaincre la méfiance du spectateur. En dix ans, le nombre de fidèles qui viennent à Sarlat exprès pour le festival a beaucoup augmenté, ce sont des gens pour qui la présence d’un spectacle à Sarlat vaut pour un gage de qualité et qui vont voir des pièces même s’ils n’ont jamais entendu parler des comédiens, du metteur en scène ou de l’auteur. Et cela me montre que je suis dans la bonne direction…
Le fait de présenter un seul spectacle – et un spectacle différent – chaque soir évite aux spectateurs de cruels dilemmes…
Oui ; avec ce type de programmation, les gens peuvent, en théorie, tout voir – et certains spectateurs ne s’en privent pas. Cela dit, il est tout de même difficile d’assister à la totalité des spectacles, pour des raisons de dates, notamment : le festival se déroule à la charnière des mois de juillet et août, ce qui n’est pas forcément compatible avec les dates de congés. Je précise ici que nous proposons des abonnements qui permettent d’obtenir des réductions en fonction du nombre de spectacles choisis. L’inconvénient de ce système est que le bouche à oreille ne peut pas fonctionner : quand on a vu un spectacle merveilleux, on ne peut ni revenir le voir ni inciter ses proches à y aller. Mais comme certains spectacles joués à Sarlat se retrouvent dans d’autres festivals comme celui de Bonaguil, dans le Lot-et-Garonne, le bouche à oreille n’est pas à négliger…
Quels sont les spectacles de Sarlat qui, cette année, se retrouveront à Bonaguil ? Quand aura-t-il lieu ?
Le festival de Bonaguil, créé par les Baladins en Agenais et que dirige Niocolas Briançon, s’enchaîne à peu près avec celui de Sarlat – mais je ne puis vous en donner les dates précises, pas plus que la liste des pièces jouées à Sarlat qui y seront représentées. Je sais juste que vous pourrez y revoir La Guerre de Troie n’aura pas lieu.
Comment se gère l’après-festival ?
À la fin du festival, on commence par faire les comptes… et généralement, on s’aperçoit qu’on a perdu de l’argent. Mais nous sommes là pour ça ! Nous sommes heureusement aidés par des subventions, mais elles ne sont pas destinées à éponger ces déficits : elles nous permettent d’abord d’offrir au public des places à des prix raisonnables – les tarifs vont de 5 à 27 euros. Si nous ne bénéficiions pas de ce soutien financier, nous serions obligés de rentabiliser les spectacles et de faire payer aux gens des prix quatre à cinq fois plus élevés – ce qui serait prohibitif. Puis il faut aussi tirer les enseignements de ces trois semaines de manifestations – c’est un peu comme après un marché : il faut balayer, remettre en ordre, et penser au marché suivant. Là, avant même que l’édition 2006 ait commencé, je pense déjà au festival 2007…
Et que devient le comédien Jean-Paul Tribout, dans tout ça ?
Les choses sont passablement compliquées parce que je joue plusieurs pièces en même temps… Jacques la fataliste va partir en tournée, et en parallèle, nous reprenons Une chaîne anglaise – un texte de Labiche. Le spectacle a été créé au Théâtre 14, repris au théâtre Rive gauche et joué en festival pendant deux saisons – mais comme il y a six mois que nous n’avons pas joué ce texte, nous avons besoin de quelques répétitions pour nous remettre dans le bain. C’est un pur plaisir de reprendre Une chaîne anglaise, de s’emparer de cette pièce écrite en 1848 qui comporte des chansons, des ballets… nous sommes en plein vaudeville et c’est passionnant de voir en quoi cela nous parle encore aujourd’hui, comment nous pouvons en faire du théâtre contemporain… À partir du 10 juillet, nous jouerons ce spectacle aux Nuits de la Mayenne, puis au Théâtre dans la ville, au Festival de Vitray… et nous attendons les spectateurs de pied ferme !
isabelle roche
Propos recueillis le 6 juillet 2006.