Jean-Marie Villemot, Abel Brigand
Première aventure d’Abel Brigand, ce roman nous plonge dans un jeu de piste sans fin autant qu’infernal…
De retour à Montmorency après un périple au Rwanda, le père Abel Brigand réintègre ses pénates et son ancienne paroisse. Assailli par une odeur insoutenable, il laisse Lulu, son chat, jouer les explorateurs. Celui-ci, fier de sa découverte – un doigt humain – en fait part à Abel selon un principe tout animal, le doigt dans la gueule en paradant genre « c’est à moi et tu n’en profiteras pas ».
Très vite il apparaît que ce doigt, qui appartient au cadavre calciné sur une chaise, est celui d’Alice d’Ambricourt, héritière des laboratoires du même nom. Sa disparition avait été signalée par sa mère, Geneviève d’Ambricourt, que son entourage surnomme La Dame de fer. Alice a été victime d’un drame sexuel. Aux côtés d’Abel, qui se découvre une vocation de détective, et du commissaire Pétacci, aux cravates et à la voix criardes – de Droopy en passant par tous les personnages de Walt Disney, ses cravates sont autant de preuves de son bon goût ! – , nous parcourons le Val d’Oise à la recherche d’indices semés par Alice. Autant de jeux sexuels décrits par cette adolescente ingénue et ingénieuse, sous forme de lettres énigmatiques censées dévoiler le nom de son amant, et donc, de son supposé tueur.
Cette première aventure d’Abel Brigand est accompagnée d’un doux et subtil hommage à Alice au Pays des Merveilles de Lewis Caroll. La trame est parfaite, la résolution de l’énigme rondement menée et les rapports humains au sein de cette communauté de Montmorency sonnent justes – bien qu’il s’agisse d’un récit fictif.
Les premiers traits récurrents de ce détective atypique sont déjà là, tel son goût prononcé pour la confiture de myrtille, son péché mignon.
Mais ce livre est, avant tout, l’occasion d’un bon moment de lecture, sur fond de jazz ou de musique classique (voir toutes les références qui parsèment l’ouvrage). C’est un excellent divertissement, qui réjouit par le côté ludique que l’auteur a su lui conférer (cf. le compsognathus ou la lettre chiffrée en fin de roman – un palimpseste de Gabrielle – qui doit permettre au premier lecteur la résolvant de gagner le Stabat Mater de Pergolèse, et au second de recevoir un pot de confiture de myrtilles…). Un roman à lire !
julien védrenne
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Jean-Marie Villemot, Abel Brigand, Rivages, 2002, 385 p. – 9,45 €. |