Jean-Marie Piemme, Autobiographie d’un chien et Autres récits
Le narrateur canin et son auteur lui-même ne sont ni des toutous snobs ni des chiens enragés. Ils sont presque des animaux humains dotés d’amour eu égard au nom de « Lazare ressuscité depuis qu’il se refit homme » (et sa santé) même si le « fidèle occidental est une espèce en voie de disparition ». Il n’est donc pas obligatoire de lui faire confiance. Mais dès lors, dans ses nouvelles et ses vicissitudes, Piemme est aux anges. Tandis que son héros mordant lève la patte en toute innocence, sans une once de provocation, « avec un peu de désinvolture à la rigueur » lors de ses mictions classiques qui ressemblent à une part de ses (é)missions.
Le héros rêve d’un monde quasi parfait. L’auteur entame des rotations sociales. Il se réjouit même lorsque le chien fait de Joseph un pote âgé en son jardin – mais il n’est pas le seul. Le chien entame une succession d’adjoints dans les autres nouvelles. Tous sont plus du genre méditatif que Médor. Leurs os à ronger sont métaphysiques. Ils restent songeurs à tous les possibles joignant pensées, gestes, paroles, billevesées.
D’où les aventures de preux quidams capables de se glisser là où ils peuvent. Ils exigent dû et bagarre le cas échéant. Des avanies se succèdent mais Piemme cicatrise des blessures, affuble les qui de droits d’une amoureuse. Un bel adolescent fidèle à sa famille (fille et mère comprise) éprouve comme le chien premier de la colère envers un père qui finalement s’est suicidé.
Tout cela est non sans alacrité (le lecteur lui-même se l’autorise et l’auteur s’y sacrifie non sans délice). Personne ne s’arrête plus en si bon chemin selon diverses tentatives. Qu’importe suppôts, suppliques et invocations frisant parfois l’amateurisme efficient quitte à filer aux enfers (des autres, principalement). Parfois, certains vont se rincer le pinceau devant des films pornos à coup de biceps (le sien ou celui d’une autre). Les nouvelles enivrent la clientèle de ces farces où la gloriole est le vaccin face aux pensums maudits. Chacun au besoin se fend d’un « CQFD » pour gagner des batailles – y compris celle de la conscience. Chacun se dit d’aucun zèle mais ne cesse de prouver le contraire. C’est plus que satisfaisant : c’est une aubaine.
jean-paul gavard-perret
Jean Marie Piemme, Autobiographie d’un chien et Autres récits, Éditions Douro, 2025, 155 p.
