Jean-Marie Gourio, Dictionnaire amoureux des cafés

Jean-Marie Gourio, Dictionnaire amoureux des cafés

Une merveille

Nul n’était mieux placé que l’auteur des Brèves de comptoir pour se charger de rédiger ce dictionnaire, et l’on parie qu’aucun lecteur n’en restera déçu. Généralement, ce type d’ouvrage se parcourt en picorant. Dans ce cas précis, j’ai lu intégralement les entrées des lettres A et B, pour commencer, tant elles étaient entraînantes.
Jean-Marie Gourio connaît son sujet à fond, et mieux encore : il y est attaché de la manière propre à lui inspirer des passages tantôt poétiques, tantôt hilarants, tantôt poignants (voir l’entrée “Béquille“, inattendue et qui vous mettra les larmes aux yeux). Il a fréquenté toutes sortes de cafés et de bistrots, non seulement parisiens et citadins, mais aussi villageois et dotés d’une clientèle spécifique, tels les cafés de pêcheurs où l’on peut s’offrir aussi… des vers de terre.
En somme, sa science des débits de boisson est inégalable, instructive (on le parie) pour la plupart des lecteurs potentiels, et hautement délectable.

Quelques exemples de cet art de nous renseigner tout en nous amusant, ou de nous faire rire non sans nostalgie : “Mis bout à bout, les comptoirs de la rue des Abbesses offrent une piste d’envol de plus de 50 mètres (…) Ce long comptoir affiche une horizontale parfaite que les rues, ruelles et venelles de Montmartre ne connaissent pas, soudés, ils forment une sorte de niveau à bulle géant où le badaud en perte d’équilibre trouvera son assiette“ (p. 19). Ou à propos de “Bibine“ : “L’ouvrier n’a pas le sang bourgogne ni le sang bordeaux, il a le sang rouge, celui du jus de la treille. Il va par les rues, le saucisson dans la poche et le couteau entre les dents. Mais quand je dis « il va », je veux dire « il allait ». Nous sommes désormais condamnés à nous enfiler des burettes d’huile tiède avec les robots de chez Renault“ (p. 114).
Et si l’on peut être surpris de voir que le dictionnaire comprend une entrée “Cabas“, on y voit vite plus clair grâce à Gourio : “Rien ne justifie plus un arrêt au bistrot que le cabas plein, c’est physique, organique. Le cabas tire au bout du bras comme un chien sur sa laisse. C’est d’abord le cabas qui entre et le maître qui le suit“ (p. 143). Au passage, vous apprendrez aussi comment les Brèves de comptoir sont nées (p. 132), et vous découvrirez à quel point l’entrée “Univers“ est pertinente.

Un cadeau qui réjouira même ceux qui ne vont guère au café (et qui leur fera peut-être changer d’habitudes).

agathe de lastyns

Jean-Marie Gourio, Dictionnaire amoureux des cafés, Plon, octobre 2024, 676 p. – 28, 00 €.

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