Jean-Louis Poitevin, Paris, paradis des plaisirs
Les métisses sont douces, toison foisonnante, jambes longues créant des instants de magie pour un tel narrateur avide de précisions visuelles et tactiles. Qu’importe si elles le transforment en spectre : le sens de la vie est là, histoire de passer leurs frontières. Mais un tel narrateur est polyethnique et les femmes « s’accumulent comme des tissus froissés dans les placards de la vie et non comme les wagons », dit-il. Mais de préciser : « l’on ne s’arrête pas sous la fenêtre de l’amour plus de temps qu’il ne faut à un rêve pour disparaître dans la nuit. »
Et voici le piéton de Paris et le trousseur de lits sans se contenter de nuits mélancolique des hôtels perdus. Bref, Paris est une fête. Histoire de se remémorer ses aventures et galantes poses en un bar avant de s’adonner au plaisir par accès de fureur, après que les digues de la chair cessent et que les boutons de corsage ne tiennent pas le coup.
Poitevin offre ainsi une nomenclature qui rend le touriste bien envieux face à un tel spécialiste qui ne cesse de décrire ses prestidigitations. L’addictif est disparate et incontrôlable dans sa vie du désir. Et cela tient de la confession intime et de ses séries. Il ne regarde pas avec joie se défaire un amour quand la passion se délite mais tout le monde, en passant, l’écrase, d’un nuage ou d’un soleil l’autre.
Que les heures amoureuses rencontrent des réticences incongrues, la complicité semble toujours vivante quitte à ne pas sacrifier à la seule relation à deux. Fan des occasions et voisin de garnements loufiats ou riches, la cohorte des anatomies féminines passe par bien des rues et escaliers et le narrateur en reste l’expert anatomiste aux choix incompressibles. Il fait des lecteurs ses envieux. Et grâce à lui, ils ont tout à apprendre dans la rue ou sur des sites.
Certes, ses recommencements tiennent parfois de la souffrance, mais l’espoir reste toujours de l’ordre de la déflagration. Même s’il y a – comme on dit – du pain sur les planches (ici ondulées). Et de belles miches. Tout chez ce perfide Don Juan est excitant pour les sens, mais tout autant pour l’esprit. Echanges, caresses, baisers, copulations, tourment de ses héros et de lui-même créent enfer et paradis là où un Kimono orné d’un dragon rouge bâille. Mais dans ce cas, c’est bien le seul. Même si le diable est dans ces détails. Monter au rideau reste un art qui rend la moindre petite mort à une promise immortalité.
jean-pau gavard-perret
Jean-Louis Poitevin, Paris, paradis des plaisirs, éditions Douro, collection La Bleu Turquin, Chaumont, 2024, 272 p. – 20, 00 €.