Jean Frémon, David Hockney à l’atelier
« La maison d’Hockney est son œuvre » dit Frémon non sans raison. Mais l’auteur connaît bien sa maison concrète, au bout du célèbre Mulholland Drive, dans un canyon. Considéré comme le plus grand peintre britannique, renommé pour ses couleurs criardes et ses paysages, Hockney reste avant tout, comme Picasso, un peintre de périodes. L’artiste peint une sorte d’autobiographie visuelle ; depuis ses paysages d’enfance jusqu’à la Californie. Chaque période est un chapitre de la vie à travers des sujets et des lumières qui changent. Il est même devenu le premier peintre de Los Angeles.
L’artiste cherche plus la clarté que l’équivoque et reste très influencé par la peinture chinoise et japonaise (sans ombres et reflets) comme par la peinture française et ce, jusqu’à Picasso qui est à la fois son modèle et son contre-modèle. L’artiste ne cesse comme le prouve son « Sacre du printemps » (offert au musée Pompidou) de jouer de perspectives apparemment aussi cavalières que naïves mais complexes. Hockney les distord comme il fracasse les couleurs de la campagne et de ses fleurs.
Partant désormais de dessins sur « e-pad » – qui a remplacé le polaroid, l’ordinateur et la photocopieuse) – avant de réaliser ses tableaux, il veut avant tout mettre en scène « la joie de peindre ». Plus que jamais vivante (à l’inverse de la photographie qui selon lui se banalise, la peinture se renouvelle et avance. En particulier et désormais, sur des perspectives inversées qui ont traversé l’histoire de l’art (avant les règles de Brunelleschi). L’artiste les révise dans une certaine solitude accentuée par sa surdité.
Hockney cherche à ne jamais se répéter ni se caricaturer. Il déplace jusqu’à la façon de voir en essayant de nouvelles formules là où les lignes de fuites ne convergent pas mais s’ouvrent. Multipliant les approches et les techniques, il reste tourné vers l’avenir comme Frémon le rappelle. Hédoniste, jamais blasé, Hockney demeure rivé à l’admiration de la peinture et du monde. Jamais théoricien mais praticien réfléchi, il tente de recréer l’espace, la vie et bien sûr la peinture.
jean-paul gavard-perret
Jean Frémon, David Hockney à l’atelier, L’Echoppe, 2017 – 13,50 €.