Jean Echenoz, Bristol

Jean Echenoz, Bristol

Un homme aimable

Dix-neuvième roman de propos et silhouette, Echenoz fait d’un Bristol polysémique (puisque signifiant d’un port anglais, de fiches, et cartons d’invitations) prénommé Robert celui qui reste presque anonyme et comme en noir et blanc tandis que les autres sont plus colorés. Il tient par ses cheveux entre autres mais avec très peu d’intérêt pour les femmes sauf pour quelques attentions envers elles avec un peu d’échanges plutôt muets.

Echenoz nous amuse par son art d’écrire avec humour et complicité. Ici, un coup de foudre a lieu comme au cinéma et dans une suite de contradictions. Mais au moins il a tenté un tel coup sans que l’amour soit adhésif. Il ne colle pas, c’est un réflexe mais non sans recul là où les choses se font voire se fondent. L’auteur met le lecteur dans sa poche en le prenant à témoin non sans plaisir et mise en abyme.
L’ensemble propose des vies imaginaires sans gloire ni chute mais avec les inconsciences qui s’obstinent afin que les personnages soient sont accueillants ou fassent la gueule pour écrire cette version d’ « Un homme et une femme » sans amoralité (ni l’inverse) mais surtout avec un équilibre.

« Faire mouche » reste l’objectif à travers la lentille où où Echenoz varie et joue pour nous amuser dans cette drôlerie contre la mélancolie du monde. Chez lui, la vie n’est jamais parodique : elle est marquée d’affections plus que d’ironie là où tout est comment ce qui se fait et arrive. Nous passons de la sorte en estrades diverses de lieux producteurs de fiction. Ils créent des matrices documentées où se croisent des choses parfois avec un vocabulaire scientifique pour apporter  paradoxalement de la poésie à un tel toman.

jean-paul gavard-perret

Jean Echenoz, Bristol, Editions de Minuit, 2025, 208 p. – 19,00 €.

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