Jean Dubuffet, Metamorphosen der Landschaft
Jean Dubuffet et la métamorphoses du paysage
Il est parfois difficile de voir et de comprendre que Dubuffet fut aussi un peintre paysagiste tant chez lui ce terme semble mal convenir. Le peintre a pourtant créé des paysages où l’urbain est transformé en zones et fragments. Ils décontextualisent ce qu’on entend par peinture de paysage. L’urbain est saisi à la fois au « pied » de la lettre mais aussi selon divers types de glissements. Ils trouvent ici une matérialisation particulière, une construction ou plutôt une déconstruction et différents types de métamorphoses. Le corpus paysager s’enrichit des croisements par diverses incursions plus ou moins tachistes et en un collage de séquences ou de fragments qui évitent tout pléonasme avec le réel. Dubuffet l’interprète et ensuite c’est au regardeur de le réinterpréter.
Le tableau devient une machine de guerre destinée à mettre le paysage classique en déroute par la gamme des formes et des couleurs loin de tout effet de répétition. Cette machine propose une méditation. Le paysage est donc atomisé, il s’élabore selon une nouvelle « logique » qui n’a rien d’un rappel. La vie s’y distingue entre le formel et informel, l’essentiel et l’accidentel.
Sont renversées les données immédiates que ces termes prennent dans notre habituelle conscience. Le monde concret, sensible est perçu par le jeu des formes qui le démultiplie jusqu’à accorder un aspect comique, tragique et surtout chaotique à nos repères paysagers. La peinture devient une suite de logaèdres visuels – à savoir des images limites qui font déchanter le réel loin de tout fléchage rationnel préhensible.
Jean Dubuffet, Metamorphosen der Landschaft, Fondation Beyeler & Hatje Cantze, Zurich & Berlin, 2016, 232 p. -58,00 €.