Jean de Breyne, Rien n’est jamais éteint de feux allumés
Jean de Breyn est un poète abraseur de quintessence. Tout se joue par ellipses, biffures et selon une rythmique qui transforme la nappe verbale en scansions : « Quelque chose nous est bien raconté mais au bord du souffle, à contre séduction, dans la seule volonté d’exprimer l’instant et ce qui le traverse, le jette en avant.» Ce quelque chose semble, de fait, mal raconté mais pour permettre au discours poétique de se poursuivre de manière à ce que chaque affirmation soit détournée de son sens.
Existe une rupture des images afin que nommer ne soit pas une magie décevante qui, convoquant le tout, ne ferait apparaître que le rien. La poésie – voire la photographie – est à ce titre une idée plus étonnante que l’image.
Jean de Breyne descend dans les arcanes de l’art et de l’écriture afin de montrer comment fonctionnent ses inscriptions et comment elles avancent. En s’inscrivant, elles détruisent une certaine apparence sans annuler en rien l’angoisse éternelle. L’auteur secoue le langage, le baratte pour le dégager de l’emprise première du lait du regard en une succession de spasmes. Le texte propose donc un déplacement qui n’est pas pas forcément une connaissance mais un « trait ».
jean-paul gavard-perret
Jean de Breyne, Rien n’est jamais éteint de feux allumés, Préface de Bernard Noël, Propos2 Editions, 2017.