Jean-Claude Hauc, La Sauterelle

Jean-Claude Hauc, La Sauterelle

Casanova revu et corrigé

La chose est quasiment dite. Pour le narrateur, « contre moi, ma jeune maîtresse ne risquait pas de revenir un jour à la vie afin de me pardonner. Et je savais également que nous ne nous promènerions jamais à Rome sur le bord du Tibre en nous tenant la main. ». Et le désespéré de mettre en exergue Proust pour ce qui arrive : « Quant au bonheur, il n’a presque qu’une seule utilité, rendre le malheur possible ». Mais, après tout, il existe une manière de filer à l’anglaise voire à l’Amérique en mémoire à E-A Poe. Là où restent aussi quelques relents épars de Sade (amoureux), de Casanova (en valet).

Même en burn-out mais sans taciturne burnes, le narrateur à toujours été un fin limier parmi plusieurs intrigues amoureuses. A peine un rien prétentieux, il rappelle que de telles courses « m’avaient épuisé sans m’apporter de véritable satisfaction et qui me conduisirent plusieurs fois à caresser le rêve de quelque retraite à la Rancé ».
Avec humour et volupté et une culture solide qu’il se plaît à rappeler, ce garnement de toujours – et nous le dirons sobrement – drague la gueuze en nourrissant de doux penchants lors de son tableau de chasse. Jean-Claude Hauc en profite pour saluer après tout plus des exploits que des échecs. C’est roboratif à souhait puisque, qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse. Et tout autant eu égard l’attitude de certaines mères.

Ligeia surtout et bien d’autres redonnent tant de vigueurs passagères – ou non. Quitte à vivre une expérience de la solitude mais sans trouver nécessaire d’en détailler les circonstances ni les répercutions profondes. Des énigmes se suivent qui ne relèvent en aucun cas d’une perversion mais plutôt de simples variantes du choix des « objets » – parfois jusqu’à avouer la cause de son manque de ferveur même auprès d’âmes sœurs ou de femmes tigresses, voire d’une « femme mûre (qui) semble sèche et squameuse », propre à cultiver quelques assauts des libertins sadiens.

Nymphettes et autres se succèdent en dépit de leurs mères mais surtout « pour la beauté nubile (qui) remonte à la nuit des temps et concerne toutes les parties du monde ». L’exhaustivité reste la cause commune du narrateur. Un Nabokov s’y cache au besoin. Et seules de fines jambes de sauterelle font l’affaire – voire plus. C’est donc beaucoup dire qu’il s’agit là d’une fiction quasi perverse.

De nombreuses liaisons – dès les élèves du second cycle – entraient et sortaient comme le narrateur lui-même. Bref, l’amour reste une sorte de belvédère pour les belles qui se vénèrent. Même si tout n’est pas dans le monde meilleur eu égard à ce qui parfois s’est passé,  bien des évènements séduisent ici sur des pages entières.

jean-paul gavard-perret

Jean-Claude Hauc, La Sauterelle, Éditions Douro, collection La Bleu Turquin, 2024, 90 p.- 17,00 €.

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