Jean-Christophe Grangé, La Ligne noire

Jean-Christophe Grangé, La Ligne noire

Cinquième ouvrage de JC Grangé, La Ligne noire nous conduit aux tréfonds de l’esprit d’un tueur en série roi de l’apnée.

Depuis Le Vol des cigognes en 1994, chaque nouveau roman de Jean-Christophe Grangé est attendu avec impatience. Après Les Rivières pourpres en 1998 (dont a été tiré en 2000 un film réalisé par Matthieu Kassovitz avec Jean Reno et Vincent Cassel), Le Concile de pierre en 2000 et L’Empire des loups en 2003, La Ligne noire est son nouvel ouvrage. Et comme les autres, il est amené à être un best-seller.

Marc Dupeyrat, journaliste spécialisé dans les affaires criminelles, enquête sur le cas de Jacques Reverdi, champion de plongée en apnée et incarcéré en Malaisie pour le meurtre d’une jeune fille. Jacques Reverdi est accusé d’être un serial killer aux procédés étranges. Les propos de ce dernier sont des plus cohérents quand il se confie. Et si on trahit sa confiance, alors il se venge.
Marc décide de prendre les traits d’une jeune fille, Khadidja, qui fera carrière dans le mannequinat et d’adopter une fausse identité, Elisabeth, pour mieux approcher Jacques Reverdi, grand amateur du beau sexe. D’ailleurs, ses victimes sont toutes jeunes et de sexe féminin. Une correspondance s’installe entre lui et le meurtrier. D’abord par lettre puis par mail. Petit à petit, Marc investit les pensées de Jacques Reverdi. À la demande de ce dernier, il se lance dans une quête initiatique pour mieux comprendre ses pulsions meurtrières en Asie.

Marc, sous les traits ambigus d’Elisabeth – ambigus parce que le journaliste ne se prend pas seulement au jeu de la double identité, il s’étonne lui-même en allant parfois jusqu’à devenir réellement le personnage qu’il incarne pour mener à bien son enquête – part à la recherche du Chemin de la vie, des Jalons d’éternité et de la Chambre de pureté de façon à aboutir à la compréhension de ce qui forme un tout, la Ligne noire. Cette quête est bien plus qu’une simple enquête. Elle doit aussi permettre à Marc de se redécouvrir.
Mais l’ombre de Jacques Reverdi, du fond de sa prison malaisienne, où SRAS et SIDA sont monnaies courantes, plane. Marc et les personnes impliquées malgré elles en sortiront-elles indemnes ? Rien n’est moins sûr, d’autant que subitement effrayé par ce qu’il découvre, Marc/Elisabeth fuit l’Asie et rompt brutalement tout lien avec le tueur.

Ce cinquième roman de Jean-Christophe Grangé est lui aussi très ambigu. Si la trame est digne de l’auteur, l’histoire, elle, est poussive et il faut attendre 400 pages pour être tenu en haleine et se sentir vraiment dans le vif du sujet. Les 100 dernières pages en revanche sont un pur chef-d’œuvre de la part d’un maître du suspense qui manie parfaitement les rouages du genre et l’art du rebondissement. Encore faut-il réussir à lire les 4/5e du livre…

Jean-Christophe Grangé, qui apparaissait comme un fin psychologue avec L’Empire des loups où une vaste enquête tournait autour d’une femme remodelée par de la chirurgie plastique, est beaucoup plus emprunté dans ce livre. Ses subtilités psychologiques sont ici beaucoup plus lointaines et on a du mal à croire aux différents profils des personnages secondaires. Surtout Khadidja. Maintenant, Jacques Reverdi et Marc Dupeyrat sont sinistrement réussis et inquiétants à souhait. La lecture finie, il ne reste qu’un sentiment d’inabouti. On reste sur sa faim. Comme si ce roman – qui ne vient qu’un an après L’Empire des loups – n’avait pas assez mijoté dans l’esprit de l’auteur. Comme si Jean-Christophe Grangé n’avait pas pris le temps de planter et de peaufiner son décor. L’auteur a du talent. On est à la fois impatient et peu pressé de découvrir son prochain opus. Un Grangé doit se laisser attendre pour, in fine, se déguster goulûment.

 julien védrenne

   
 

Jean-Christophe Grangé, La Ligne noire, Albin Michel, 2004, 506 p. – 22,90 €.

Laisser un commentaire