Jean-Basptiste Noé, Léon XIII. Le pape de la modernité
L’autre pape Léon
En choisissant Léon XIV comme nom de règne, le cardinal Prevost a remis en pleine lumière son lointain prédécesseur, Léon XIII qui régna de 1878 à 1903. Ce long et majeur pontificat n’était plus connu que par les spécialistes. Et c’était fort injuste. L’actualité pontificale nous offre donc l’occasion de redécouvrir l’œuvre du pape Pecci. Saisissons-la en nous plongeant dans la biographie claire et documentée, facile d’accès et dense, que nous propose Jean-Baptiste Noé.
Le lecteur découvrira ainsi bien des facettes méconnues de ce pape qui affronta la modernité industrielle et politique de son temps. Certes, sur bien des aspects, il la condamna, comme expression de l’apostasie des peuples chrétiens et comme ennemie de la foi catholique. Il le fit à travers d’innombrables encycliques qui lui permettaient de s’adresser aux fidèles alors que lui-même se considérait comme prisonnier de l’État italien dans le Vatican. Il en perçut tous les dangers et en particulier celui constitué par l’étatisme qui n’en était pourtant qu’à ses débuts, comme pour mieux nous rappeler la clairvoyance de l’Eglise face à un péril un jour devenu totalitaire.
Léon XIII exprima un très fort amour pour l’histoire, la science, les arts en puisant dans le dépôt de la foi et dans l’histoire de l’Eglise, et notamment dans la philosophie de saint Thomas d’Aquin qu’il remit au goût du jour. Son intransigeance dans la défense des dogmes et de la doctrine s’avéra inébranlable. mais il ne transforma pas l’Eglise en citadelle assiégée. Au contraire, c’était parce qu’elle enseignait les vérités immuables de l’Evangile et de la Tradition qu’elle pouvait s’adresser au monde.
Car Léon XIII parla au monde qu’il se devait d’aimer. Il le fit en reconstruisant la diplomatie vaticane, en nouant des relations avec tous les Etats, y compris ceux qui étaient les plus hostiles à l’Eglise, comme la république française. Et ce, avec un réalisme désarmant. Il parla aussi avec les autres religions chrétiennes, notamment l’anglicanisme, non pas dans un esprit de relativisme dissolvant. L’Eglise pouvait s’adresser aux autres parce qu’elle était elle-même. De même, il parla aux patrons et aux ouvriers pour rappeler à chacun leurs devoirs réciproques, en donnant une impulsion nouvelle à la doctrine sociale de l’Eglise.
Il fut bien, comme le note Jean-Baptiste Noé, le pape de la modernité qui ne se compromit pas avec elle.
frederic le moal
Jean-Basptiste Noé, Léon XIII. Le pape de la modernité, Salvator, octobre 2025, 92 p. – 21,00 €.