Jean Anguera, Passages et paysages (exposition)
L’encre et ses fantômes
L’encre est tatouage et chair. Jean Anguera y induit parfois d’étranges corps dans l’abandon programmé, où ceux absorbés par le support blanc incarnent la nuit de l’être et les affres du monde. Passant de la 3 D de ses statues à la 2 D de ses dessins, ceux-ci deviennent d’étranges sémaphores. L’encre consume le vernis du réalisme jusqu’à la transparence des corps qui, contrairement à l’effet masse des sculptures, se dissolvent par touches éparpillées ou grappillées.
A travers ce qui s’étend, l’âme liquide mais aussi le paysage se déploient dans une forme d’abstraction, de nudité sur laquelle le regard s’arrête. L’angoisse émerge mais trouve des repères. L’encre devient par excellence la taiseuse, l’intruse qui sait que les mots ne résolvent rien. Elle montre leur envers et en scanne la pénombre.
Si la vie est un voyage (donc un des « passages »), Jean Anguera permet aussi de repérer l’insondable des lieux ( « paysages »). Ces œuvres sont des bouées de corps mort secouées par ces vagues de noir. Le monde devient alors une sorte de lieu du songe où toutes les âmes ayant perdu leur blondeur d’épi sont grises comme des chats la nuit.
Le corps venu de partout et de nulle part, venant d’ici et de là-bas, de cet endroit où les êtres continuent de chercher dans des vagues de vagues où l’encre devient berceuse que berceuse pour plonger dans ce qui surnage sans finir de se noyer. Alors, comme un tel créateur, imaginons, imaginons encore, à partir de là pour voir, croire entrevoir, croire ce qui entre lignes et entailles glisse.
jean-paul gavard-perret
Jean Anguera, Passages et paysages, Galerie La Capitale, 75001 Paris, du 28 avril au 24 mai 2025.