Jake Arnott, True Crime

Jake Arnott, True Crime

Jake Arnott enterre avec True Crime sa trilogie sur les Swinging Sixties et nous dévoile un Harry Starks à son crépuscule.

Ultime volet de la trilogie de l’auteur britannique Jake Arnott, True Crime est l’occasion de retrouver le gangster vieillissant et usé Harry Starks. Les Swinging Sixties sont déjà loin. Le crime ne paie plus, seule la drogue est devenue rentable. Mais si les grands casses ne survivent que dans les mémoires – tout le monde se rappellera à jamais l’attaque du train postal Glasgow-Londres, un 8 août 1963, durant cette glorieuse période, par un gang d’une quinzaine de malfrats menés par Bruce Reynolds – quand l’attirance pour les brigands nobles en était à ses dernières heures, quand ceux-là représentaient encore les derniers des romantiques, il n’en subsiste aujourd’hui que des légendes obscures.

Le gangster partage ses histoires avec le pirate. Les sombres histoires de répartition de butin qui finissent mal sont en effet monnaie courante chez l’un et chez l’autre. Et des fois, elles se recoupent. Dans l’Angleterre des années Blair, des lingots d’or ont disparu et sommeillent depuis de trop longues années quelque part à Londres. Julie est devenue actrice pour satisfaire la volonté d’une mère aux ambitions déçues, et fuir le passé d’un père assassiné car il était une balance, et le milieu ne pardonne pas à ceux qu’il considère comme des traîtres. Tony, un journaliste psychopathe et meurtrier se recycle dans l’écriture de mémoires d’anciens bandits de grands chemins. Graz sait parfaitement manipuler médias et société pour se façonner une image inversement proportionnelle à sa personne en utilisant la fascination que l’on a pour la violence, surtout gratuite.

Autant de personnages que l’on (re)découvre avec joie, qui sont tantôt au sommet de la pyramide, tantôt à sa base. Certains doivent enterrer leurs ambitions, d’autres ne pensent qu’à déterrer un magot dont la renommée est pire que la malédiction de Toutankhamon. Les morts ont été nombreux pour faire disparaître ces trop volumineux et voyants lingots, les meurtres restent nombreux pour tenter d’empêcher un regain de violence. Il ne faut pas remuer le passé. Nos truands vieillissants ne souhaitent que mourir le plus tranquillement du monde. Le redoutable et redouté Harry Starks, dans les années 60, est dévoré par un cancer. Seule son aura, héritage de ses frasques d’antan, lui a permis de survivre à toutes ces années. Mais son exil forcé d’Angleterre le mine au moins autant que cette tumeur qui s’est installée en son sein. À l’instar du Mexicain (revoyez Les Tontons flingueurs !), il souhaite canner dans la Capitale. À Londres, quoi. Il lui faudra survivre aux multiples coups portés par des êtres revanchards qui tissent soigneusement leur toile.

Retrouvez les deux premiers volumes de la trilogie de Jake Arnott sur les Swinging Sixties :
Crime Unlimited
Crime Song

julien védrenne

   
 

Jake Arnott, True Crime (trad. de l’anglais par Colette Carrière), 10-18 coll. « Domaine étranger » (n° 3958), octobre 2006, 380 p. – 8,50 €.

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