Jacques Roman & Christophe Fovanna, Communication au monde de l’art sur le secret aveuglant de La Joconde

Jacques Roman & Christophe Fovanna, Communication au monde de l’art sur le secret aveuglant de La Joconde

Le trou noir de la Joconde

A travers la Joconde, Roman et Fovanna deviennent les Roux et Combaluzier de l’histoire de l’art. Non seulement ils nous ramènent à son auteur (« Combien Léonard a du trembler devant l’abîme qui le nommait peintre ») mais, en cherchant sa « clé »,  ils montrent à travers ce chef-d’œuvre la condition de « la promesse de toutes les images envisageables » mais aussi celle d’« un tableau…noir » (les 3 points de suspension de sont pas négligeables !).
Pour les deux auteurs, La Joconde est donc l’œuvre et le manifeste qui permet au discours sur l’art de se poursuivre et en même temps et paradoxalement de représenter l’acte qui fait triompher l’art sur la poésie. La Joconde divise la civilisation en deux époque de la création et plastique et littéraire. Elle multiplie et resserre le monde dans sa manière d’habiter et de lire les images. Et de faire de celles-ci un discours premier.

La Joconde est donc une aube pour certains et pour d’autres une ombre du temps. A la « poésie aveugle » se superpose « la peinture muette ». Dans les deux cas, il s’agit d’en finir avec le fameux « ut pictura poesis ». Exit le paysagisme et la narration. Et il faut saluer deux auteurs qui, plutôt que de jouer les sémiologues (ils font toujours passer tout lecteur ou regardeur sous des fourches caudines), mettent à nu les envers de tout discours (quelle qu’en soit la nature) et leurs attendus culturels.
Mêlant ombre et lumière, terreur et salut Roman et Fovanna – grâce à un énigmatique manuscrits aux initiales J.R. « le fou de la Joconde » – « misent » tout sur ce tableau mais à la fois tracent ses limites. Mêlant étroitement leur écriture, ils précisent la place « differante » (pour parler comme Derrida) de l’œuvre. Et ce, afin de nous dégager des croyances et des illusions idéologiques mais aussi de tarauder « la part maudite » et obscure que l’œuvre cache. Engendrant du pensable, elle s’en échappe.

A partir d’un manuscrit digne de l’art brut (on comprendra de qui il pourrait s’agir à la lecture du livre) se creusent des galeries dans bien des enfers décorés, dissimulés, colmatés, emplâtrés et dans lesquels l’être se voit contraint de s’assimiler, de « s’incorporer » à une communauté sociale, économique, culturelle.
Les propositions d’un tel livre gravitent autour de la biffure entamée prodigieusement par un manuscrit entêté et entêtant. Ils le lézardent en se l’appropriant, ils l’incarnent, rameutant d’autres failles qui ramènent vers les mémoires affectées et affectives. Elles passent le présent dans divers états de dépassements grâce à La Joconde. D’image matricielle, celle-ci devient vie et pharmakon – objet cicatriciel aussi  qui ouvre à un défilé de nos propres profondeurs.

jean-paul gavard-perret

Jacques Roman & Christophe Fovanna, « Communication au monde de l’art sur le secret aveuglant de La Joconde », couverrture d’Alexandre Loye, coll. SushLarry, 80 p., art&fiction, Lausanne, 2015.

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