Jacques Réda, Petit lexique amoureux & Prose et rimes de l’amour menti

Jacques Réda, Petit lexique amoureux & Prose et rimes de l’amour menti

Le fantôme de l’amour

Jacques Réda propose dans ses deux livres la capacité à devenir plus humain. Les poussières de lumière de l’amour, les haleines de charbons ardents du plaisir viennent s’inscrire en faux contre ses espaces d’ombre. D’autant que le poète sait qu’au sein des pulsions il existe quelque chose d’un ordre qui les dépasse. Néanmoins, entre deux êtres amoureux flotte un air de déjà-vu. Il crée le plus souvent un intervalle, une fêlure. Bref, l’assouvissement ne fait pas tout. Parfois, au lieu de rallumer, il éteint en son aire. Car – si elle absorbe et retient- elle demeure le territoire de l’autre. En ce sens, Réda – il le souligne lui-même – reste l’anti Casanova : « j’appartiens plutôt à la catégorie de ceux pour lesquels la promesse parfois délusoire de ce résultat n’est qu’un aiguillon, peut-être essentiel, dans le mode opératoire d’une quête au dessein plus fondamental »écrit-il.
Dans ces deux textes, le poète en appelle souvent plus au fantôme de l’amour qu’à l’amour lui-même. Si bien que l’affect partagé représente la double face de la défaillance au centre d’un trouble schizophrénique. Le sentiment et ses incidences physiques plongent dans le blanc mental du désarroi affectif. Au sein du corps ne demeure qu’un vide, un trou de trop « un trop dans lequel je n’ai plus d’être » comme le disait Bataille. Et il ajoutait qu’en conséquence « Tout le monde a conscience que la vie est parodique et qu’il manque une interprétation ». Réda propose donc la sienne non sans lucidité mais sans asséner des vérités premières. Poèmes et proses sont là pour combler les silences qui s’insinuent dans les dialogues amoureux au nom de diverses « taches de naissance » si bien que souvent le corps se replie de lui-même au moment de s’allonger sur celui de l’autre. Plutôt que de glisser dedans, il butte dessus. Y étant confronté et ne pouvant y échapper, il s’expose en sexe-poses à la peur.

D’où l’importance de l’absence et de l’oubli dans ces deux corpus. La séparation n’attire pas mais elle se prend en plein corps. L’homme la regarde dans la sienne comme dans celle de sa partenaire. Le mâle devient au mieux un bois flotté, au pire une épave. Parfois pourtant, la femme cueille ce bois flotté et s’en réchauffe en entamant des lamentos de tourterelles où les cris du cœur vont de pair(e) avec des orgasmes. Qu’importe si plus tard il n’en demeurera que l’adorable chiendent de la trace ! C’est par elle que tout peut encore reprendre avec d’autres silhouettes. Michaux l’a bien dit : « au commencement la répétition ». Et qu’importe le lieu,  sous un pont enveloppé de brume, dans des flocons de neige ou des fleurs de pommiers.

jean-paul gavard-perret

Jacques Réda,
– Petit lexique amoureux, Fata Morgana, Fontfroide le Haut, 2013, 40 p. – 9,00 euros
Prose et rimes de l’amour menti , même éditeur, 2013, 64 p. – 12,00 euros

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