Jacques Réda, Des arts et des métiers

Jacques Réda, Des arts et des métiers

Jacques Réda met ici les montres à l’heure :  « A quoi bon en effet nous vanter la sagesse ?/La vie en vérité n’est qu’une sauvagesse ».  Certes, il a su la dompter, entre humour parfois mais souvent en mélancolie – quitte à tomber la falaise d’Étretat « Dans le frais brasier de la mer où tout s’oublie ».

Ici,  entre méditations sur la mort et le rêve, sous effet de voile, le poète a achevé ses médiations dans ce dernier livre, écrit l’année de sa mort. Se mêlent divers métiers : éclusier, pianiste, lézard, potier, facteur, fumeur et autres ermites dont le poète bien sûr, ombre portée de chacun de ces poèmes,  mêle l’éphémère et le  merveilleux.

Attifés de leurs hardes, de ces gagne-petit, ils savent parfois exécrer leur démon , et Réda donne à voir ça et là l’obscénité de leur âme. Certains ont caressé les  cornes de bouc qui ressemblent au sexe statufié de Victor Noir au cimetière du Père Lachaise. Mais en cette fabrique de l’imaginaire,  ces hommes sortent tout formés de sa poésie. Certes, parfois leur ciel lui fut étranger. Réda sait toutefois agencer des lieux genre joli boudoir ou lys dans la vallée en  y précipitant des cristaux de sel pour se brûler voire s’ arracher de baisers qui emportent la bouche.

Mais qu’importe après tout. En ce livre, sorte de testament, l’auteur n’est plus sur la terre étoilée, mais sa poésie reste l’endroit le plus sûr de la Terre et n’est plus chargée de tous tes péchés d’Israël.  Elle devient  une mare grande comme une paume de main où parfois Réda fait floculer les cloches du monde. Elles contiennent l’infini sur nos routes communes. 

jean-paul gavard-perret

Jacques Réda, Des arts et des métiers, Illustrations de Jacques Bibonne, Fata Morgana Editions, 2025, 72 p. – 16,00 €.

Laisser un commentaire