J-C Servais, La Mémoire des arbres n°12 : »Le Tempérament de Marilou tome 2″
Voilà enfin comblée l’attente suscitée par le tome 1…
Voilà enfin comblée l’attente suscitée par le tome 1… Restée seule à l’auberge après l’arrestation de son mari, accusé du meurtre de son amant Pétrus – qui était aussi l’homme à tout faire de la maison – Marilou accueille le soir même un inconnu tout droit sorti de la forêt. Comme elle quelques années auparavant. L’homme, avenant mais taiseux, nimbé du même coup de cette aura de mystère que tisse la mutité volontaire, a tôt fait d’embraser les sens de la jeune femme qui, elle, se montre beaucoup plus loquace et lui raconte les événements dans leurs moindres détails. Sans passer sous silence ses relations extraconjugales dont son mari, curieusement, semble ne pas prendre ombrage…
La place de Pétrus – tant à l’auberge que dans le cœur et le lit de Marilou – ne sera pas restée vide longtemps… Heureusement car M. Lenoir, le trop entreprenant instituteur à la retraite, délateur à ses heures, ne cesse de rôder autour de l’auberge, bavard et obséquieux, qui semble ourdir une sombre machination pour détruire le foyer de Marilou.
Ce second tome, comme le premier très resserré sur le plan narratif, est comme de juste celui des révélations. À travers le dénouement de l’intrigue certes – auquel on pourra reprocher au passage d’être un peu trop souriant : les ultimes événements se succèdent selon une logique décidément trop arrangeante pour tous les protagonistes – mais surtout par l’éclairage a posteriori qui est apporté sur certaines scènes du premier album. Ainsi la toute première planche, où l’on voyait Godefroid blessé sur le champ de bataille, est-elle explicitée dans le tome deux par une case unique où un seul mot suffit à révéler les conséquences de cette blessure et, par là même, les étranges rapports humains qui se sont noués entre Marilou et « ses hommes », comme elle les appelle. De brèves allusions à la contrebande trouvent ici leur écho et l’on mesure combien cet élément narratif est important. Enfin, il y a cette scène à première vue anodine et de peu d’utilité dans la progression de l’intrigue, montrant Marilou aux prises avec une buse, où l’on voit dans une case en incise un gros plan sur ses doigts rompant sans barguigner le cou à une poule blessée. L’on ne rencontrera plus la buse, mais le geste de Marilou, lui, dit une part de sa personnalité qui s’avérera déterminante.
L’atmosphère de ce second album tourne résolument le dos aux prémices horrifiques que laissaient augurer les allusions macabres lâchées par l’instituteur, ou le nom premier de l’auberge, Le Fond de l’oubli. Mais elle n’en est pas moins oppressante, épaissie par la couche d’ombre silencieuse dont les protagonistes recouvrent les tourments de leur cœur et les tragédies qui y sont enfouies. La lumière finit bel et bien par sourdre – et l’on a souligné déjà combien le dénouement était optimiste ; à la lecture des trois dernières planches s’imposent les formules consacrées « tout est bien qui finit bien »… et « c’est trop beau pour être vrai ». Mais tandis que les secrets se dévoilent, que Jacques, Godefroid et Pétrus sont percés à jour, la seule à garder sa part d’ombre, c’est Marilou la solaire, qui a illuminé l’auberge, la vie de son mari et de ses amants… celle dont il ne sera pas dit un mot de son passé. Elle venait de la forêt ; de là à l’imaginer fée…
isabelle roche
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J-C Servais, La Mémoire des arbres n°12 : »Le Tempérament de Marilou tome 2″, Dupuis « Repérages », mai 2004, 48 p. couleurs – 6,50 €. |
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One thought on “J-C Servais, La Mémoire des arbres n°12 : »Le Tempérament de Marilou tome 2″”
Bonjour,
Je me demande où se situe l’auberge »le fond de l’oubli », si ce lui existe réellement. Est-il inspiré du café »le fond de Nanty » près de Florenville ?
Merci d’avance