Ivan Alechine, Enterrement du Mexique
« J’ai le sentiment de marcher sur le filament enfermé d’une ampoule électrique » : voilà qui peut donner à Alechine un côté Dada ou surréaliste. Il est récurrent dans ce livre où « Par une fenêtre ouverte la poussière met le coude sur la portière / l’autocar fume une cigarette ». C’est dire que l’auteur reste dans le droite ligne de son père (Alechinsky) et du surréalisme belge.
Comme eux, il n’est pas de ces taupes avides de sucreries littéraires ou plastiques. Le poète ne momifie rien. Captant l’héritage des avant-gardes, il se veut – et là l’inverse de son père – « poète sur le motif ». Christian Dotremont – belge comme lui – et Malcolm Lowry ne sont jamais loin. Il est vrai que l’auteur a été élevé au milieu des peintres et des poètes. Il en fut largement boosté. Et l’auteur eut très vite l’art de se découvrir : « Adolescent, j’ai cru me voir plus fille que garçon, à nouveau j’ai eu peur de ma propension à m’exciter seul. Peur de l’onanisme en pensée, peur de l’onanisme en écriture, plus tard. Je possédais la vitesse, mais le frein ? » Pas sûr qu’il l’ait trouvé, néanmoins il sait faire le tri entre ses pépites et leurs scories.
D‘où, après celui d’Artaud, son voyage au Mexique ou plutôt sa dérive en quête de visions comme « Le Momo » en chercha dans les terres rouges du pays. Toutefoiss, Alechine est moins à la recherche des Dieux que des lieux. Ceux par exemple qui hantèrent les poètes de la Beat Generation. Mais l’auteur ne néglige en rien les réalités du terrain, leurs télés et au passage les femmes foraines ou non pour s’envoyer en l’air. Néanmoins, l’histoire mythique demeure avec sa violence et tant de roues de tortures sous un ciel de sang.
Plus que jamais le pays semble baroque à souhait avec ses gangsters et ses gouvernants (qui se ressemblent comme des frères), avec un melting-pot confit de main street, de subcultures, de croyances animistes et de catholicisme, le tout entre les acajous qui « plongent leurs racines dans les fissures volcaniques masquées par des coulées de bambous ». Le texte est lumineux et noir, multicolore et âpre là où il n’est pas jusqu’aux rochers à s’animaliser pour tanner « une peau de jaguar tacheté« .
Superbe en son néo-surréalisme, le texte possède une originalité en rien de surface. D’où l’importance du mot « enterrement » dans son titre. En une économie plus libidinale que morbide, le Mexique reste aussi concret qu’irréel. Les temps, les paysages et les couches sociales créent une matérialité spirituelle.
Alechine montre tant que, si une étoile vacille sur un vagin d’un mannequin de cire, il ne faut pas forcément y voir du corps sinon celui d’une éolienne qui tourne à vide.
jean-paul gavard-perret
Ivan Alechine, Enterrement du Mexique, Dessins originaux d’Arroyo, Editions Galilée, collection « Lignes fictives »,Paris, 2016, 96 p. – 16,00 €.
One thought on “Ivan Alechine, Enterrement du Mexique”
Merci, cher Jean-Paul Gavard-Perret, pour ce beau texte.
Chaleureusement, I v a n A l e c h i n e