Iren Mihaylova, Sans fond de lumière
Rose was not a rose would be a rose is a rose
Iren Mihaylova marche dans les traces de Charles de Bovelles (1479-1553), elle entend le néant n’être nul être, autrement dit le rien être vraiment rien, la vie a épousé la mort (p.2), et dans le même temps paradoxal elle tend la main à l’être, cette lumière plus sûre que ma crainte (p. 29), car tout être peut être quelque chose. Dit autrement, le rien, serait-ce cet enfant né défunt ? n’est pas quelque chose, n’est ni ceci, ni cela ; mais en perçant un trou dans le ciel (p.7), on peut surseoir à ce rien qui n’est pas.
Il suffit seulement d’attendre (p.10), et rester à la porte de ce qui laisserait être, ce qu’Iren nomme pour la dénommer rose et ce, pour la peindre et l’écrire, cette rose, afin d’ouvrir le cœur pour dépeindre l’absence (p.24) qui pourrait montrer (car c’est l’image d’une lettre et vice-versa) le contraire du néant. Le Rose is a rose is a rose is a rose, de Gertrude Stein devient chez Iren Mihaylova : rose was not a rose would be a rose is a rose.
Le reste passe par l’écriture, et j’entends ce reste comme évoqué ailleurs, dans un texte consacré à Iren, dont je redonne ici quelque peu modifiée la même image de l’avalanche de flocons noirs qui exerce nuitamment sa terrible clarté en criant au vide et à l’insupportable caducité de la vie. Et qui, pour avoir troué le ciel de la page blanche, attend l’être c’est-à-dire le reste, ce trait essentiel qui passe par l’écriture ! Des lettres qui font corps avec le désespoir « sans fond de lumière », l’abîme, en regard de cette rose en attente d’être. Peinte et écrite. Du verbe peindrécrire qui m’est cher. Pour peindre une rose pour l’écrire faut-il oublier toutes les roses qui ont existé qui ont péri sur le reste (p.24). Magnifique !
jacques cauda
Iren Mihaylova, Sans fond de lumière, Encres Vives, 2024, 32 p. – 6,60 €.