Illusions perdues (Honoré de Balzac / Pauline Bayle)

Illusions perdues (Honoré de Balzac / Pauline Bayle)

© Simon Gosselin 

 Adaptation incisive et foisonnante

Un personnage un peu timoré vient solennellement déclamer un hymne à l’amour. Mais déjà Julien de Rubempré est déchu de ses prétentions par la contestation publique des titres de sa naissance. La noblesse héritée d’une femme n’a pas de valeur, non plus que les prétentions littéraires d’une jeunesse non assermentée.
Les personnages portent des habits sans âge, ils vivent le texte comme le support des élans dont tous les projets peuvent se nourrir, quand ils sont dans leur candeur. L’histoire est connue : c’est celle de la montée à Paris, de la confrontation des illusions à l’épreuve des réalisations, de leur inexorable cours et de leur déplorable terme : le discrédit des rêves et de l’idéal, au profit des complots et de leur déchéance.

Le spectacle est réaliste, conformément à l’intention de l’auteur. Mais il est heureusement vif, à la fois ironique et pathétique, ponctué de chorégraphies improbables, marquant les degrés de l’ascension, de l’assomption, de la déchéance. Le propos est servi par des comédiens attachants, remarquables dans leurs changements de personnages, avec une mention spéciale pour Zoé Fauconnet, qui endosse ses divers rôles avec une particulière efficacité.

Pauline Bayle fait le choix d’une mise en scène simple, sans autre décor que le public qu’elle aime faire monter sur scène, ponctuellement mis à contribution, assorti de jeux de lumières et de sonorités. Elle travaille le texte de Balzac avec une délicate acuité, pour en faire saillir les pointes : il en résulte une représentation bien sentie, édifiante, généreuse, d’une dramaturgie accomplie.
Les descriptions cyniques du milieu littéraire par Balzac sont restituées de façon dynamique, opportunément ponctuées d’intermèdes musicaux : le premier montre en gloire la jeune actrice dont s’enamoure Julien. Elle, sous le feu des projecteurs, dit ce qui n’est pas, ce qui devrait être, toute la force de la vie, à jamais inaccomplie. A chaque nouvelle initiation, Julien franchit une étape dans la corruption ; engagé par ses pairs à ses propres dépens, il fait un pas qu’il ne maîtrise pas.

Le deuxième show montre le cruel lynchage de la compagne de Julien : car on le sait, sa chute est précipitée, pour avoir été trop sincère, sans discernement, emportée finalement. A terme, on renoue avec le fil de La comédie humaine, en restituant quelques paroles de Carlos Herrera, alias Vautrin, qui évite au jeune homme le suicide.
Une prouesse d’adaptation et de représentation.

christophe giolito

 

Illusions perdues

adaptation et mise en scène Pauline Bayle 

d’après Honoré de Balzac

avec Manon Chircen, Anissa Feriel, Zoé Fauconnet, Frédéric Lapinsonnière, Adrien Rouyard et la participation de Najda Bourgeois en alternance avec Viktoria Kozlova. 

Assistante à la mise en scène Isabelle Antoine ; assistante à la mise en scène en tournée Audrey Gendre ; scénographie Pauline Bayle, Fanny Laplane ; lumières Pascal Noël ; costumes Pétronille Salomé ; musique Julien Lemonnier ; régie générale, lumière Jérôme Delporte, David Olszewski ; régie plateau Ingrid Chevalier, Lucas Frankias, Juergen Hirsch ; régie son Tom Vanacker / Annabelle Maillard.

© Simon Gosselin

Tournée 23-24 : 19 octobre EMC théâtres et cinémas à Saint-Michel-sur-Orge ; 7 novembre Scène de Bayssan, Béziers ; 10 novembre Espace culturel Boris Vian, Les Ulis ; 14 novembre Théâtre de Saint-Maur ; 17 novembre Centre des bords de Marne, Le Perreux-sur-Marne ; 22 – 24 novembre Comédie de Valence, CDN Drôme – Ardèche ; 30 novembre Théâtre de Rungis ; 2 décembre Quai des Rêves, centre culturel de Lamballe ; 7 & 8 décembre Domaine d’O, Montpellier, théâtre Jean-Claude Carrière ; 21 – 24 février CDN de Normandie – Rouen ; 28 février – 2 mars Théâtre Sénart, scène nationale ; 14 – 16 mars Théâtre de Saint-Quentin-en-Yvelines, scène nationale ; 21 & 22 mars Comédie de Colmar, CDN Grand Est Alsace ; 3 & 4 avril Le Grand R, scène nationale La Roche-sur-Yon ; 9 – 12 avril TU – Nantes en coréalisation avec Le Grand T, théâtre de Loire-Atlantique ; 16 – 19 avril Théâtre de Lorient – CDN ; 25 avril Théâtre de Mende en coréalisation avec Scènes croisées, scène conventionnée Lozère.
Reprise à Montreuil du 21 mai au 2 juin 2024.

Spectacle créé le 9 janvier 2020 sur la Scène Nationale d’Albi, vu le 12 avril à Nantes (Théâtre universitaire).

 Production Compagnie À Tire-d’aile Production déléguée en tournée Théâtre Public de Montreuil – CDN. Coproduction Scène nationale d’ALBI-Tarn ; TANDEM Scène nationale ; Espace 1789, scène conventionnée Saint-Ouen ; MC2 : Grenoble scène nationale ; Théâtre de la Bastille ; La Coursive scène nationale de La Rochelle ; Théâtre La Passerelle – scène nationale de Gap et des Alpes du Sud ; Châteauvallon scène nationale ; Théâtre de Chartres. Soutiens Ministère de la Culture – DRAC Île-de-France ; Région Île-de-France ; Département de la Seine-Saint-Denis ; l’ADAMI ; Cent-Quatre-Paris. Aide à la reprise Théâtre le Rayon Vert, scène conventionnée d’intérêt national Art et Territoire. Remerciements à Clément Camar-Mercier, Géraldine Chaillou, Viktoria Kozlova, Loïc Renard, Victor Rodenbach, Victor Roussel, Julius Tessarech

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