Igor Baranko, L’Empereur Océan – Tome 3 : « Le tombeau »

Igor Baranko, L’Empereur Océan – Tome 3 : « Le tombeau »

Un Ukrainien nous fait voir du pays et ça fait peur. Mais bon c’est que de la SF hein ?…

Parcours atypique que celui de Barenko l’Ukrainien, baladé des Beaux-arts de Kiev aux provinces désolées du Tadjikistan, en passant par deux années perdues à marcher au pas dans les rangs de l’Armée rouge. A parcours atypique, album atypique bien sûr. L’Empereur Océan ne ressemble donc à rien de connu. Alors comment expliquer cette sourde impression que l’univers futuro-soviétique de Barenko peine à véritablement s’affranchir de clichés bien ancrés ? Imaginons un instant qu’un quidam aux prétentions dessinatrices souhaite, à l’instar de l’Ukrainien, dépeindre une Russie corrompue et post-apocalyptique. Qu’y mettra-t-il ? Des dirigeants communistes ambitieux, des agents secrets obtus, des soudards blindés à la Vodka, des tchétchènes enragés, le tout sur fond de mutations héritées de Tchernobyl.

Eh bien, tous ces poncifs, Berenko, qui sait, lui, de quoi il parle, les utilise ici. Et nous fait ainsi comprendre qu’ils constituent la réalité d’un pays dont on finirait par avoir peur. L’auteur, heureusement, n’oublie pas de diluer cette noirceur ambiante dans un brouet rouge sang d’actions compulsives et d’expansionnisme coco d’opérette, où l’on assiste à l’affrontement entre un dictateur russe souhaitant se réincarner en Gengis Khan et le Dernier Tchétchène, écartelé entre vengeance sourde et je-m’en-foutisme goguenard. Cette démesure dans l’humour sombre et l’injection de thématiques aussi surprenantes que la vie extra-terrestre ou le panmangolisme achève de rendre séduisante une trilogie au propos exigeant mais dont la puissance narrative laisse à 100 mètres derrière pas mal d’intrigues pépères et poussives.

damien perez

   
 

Igor Baranko, L’Empereur Océan – Tome 3 : « Le tombeau », Les Humanoïdes associés, 2004, 48 p.- 12, 35 euros

 
     

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