Hannah Deitch, Ennemies publiques

Hannah Deitch, Ennemies publiques

Avec Ennemies publiques, Hannah Deitch signe un thriller qui mêle avec brio critique sociale, suspense et un portrait harmonieux de deux femmes dans des États-Unis bien troubles.

Evie Gordon est professeure à domicile et tutrice pour le test d’admissibilité à l’université. Le dimanche après-midi, elle travaille avec Serena Victor, une jeune fille timide de dix-sept ans. Son père, Peter, bosse dans la finance et sa mère, Dinah, était une actrice relativement célèbre qui a abandonné sa carrière à la naissance de sa fille.
Ce dimanche, Evie trouve l’imposante porte d’entrée ouverte. La maison semble déserte. Peter est dans le bassin à carpes, noyé. Dinah a été tuée aussi, son visage n’est plus que tissus et viscères. Paniquée, craignant d’être accusée, Evie décide de partir. C’est en arrivant à la porte qu’elle entend : « À l’aide ». Derrière une petite porte, sous l’escalier, elle découvre une femme ligotée. Pendant qu’elle la délivre, Serena arrive et agresse Evie avec une lampe. Pour se défendre, celle-ci lance un vase et la jeune fille s’écroule. Elle imagine l’arrivée de la police, sa culpabilité qui semble évidente. Elle se précipite vers sa voiture suivie de l’inconnue et elles fuient.
Evie devient une ennemie publique en compagnie d’une femme trouvée entravée sous un escalier dans une maison occupée par une richissime famille…

L’intrigue est portée par deux femmes, aux profils qui semblent bien différents, qui vont devoir unir leurs compétences dans une fuite où elles n’auront rien à perdre. Evie Gordon a tout pour réussir dans un parcours tant glorifié par le rêve américain. Elle a fait des études brillantes mais, aujourd’hui, elle végète dans une existence difficile, donnant des cours particuliers pour subsister. L’inconnue, très mutique, se révèle capable de faire preuve d’un indéniable talent pour surmonter les obstacles.
Si le récit débute dans un quartier huppé de Los Angeles, il bascule bien vite dans un road movie à travers le pays. C’est une errance que mènent les héroïnes, de motels en en station-service, de cités anonymes en routes désertes. Cette équipée géographique, où chaque arrêt est le théâtre d’un nouveau danger, génère une atmosphère anxiogène.

La romancière donne aussi une image bien triste des médias, un constat consternant avec des journalistes prêts à toutes les comparaisons désastreuses, des hypothèses presque farfelues. La traque policière est intense et les fausses-pistes sont multiples. La révélation progressive de l’identité de l’inconnue, les dilemmes moraux vécus par Evie relancent l’intrique et approfondissent les profils psychologiques des personnages.
Avec ce récit diablement attractif, l’auteure aborde de nombreux thèmes comme la marginalisation sociale, la violence et la manipulation, la solidarité féminine et la perception qu’ont les médias, transformant ces fugitives en monstres, faisant fi de la recherche de la vérité ou de la présomption d’innocence.

Ce thriller se lit avec passion pour la cavale haletante, pour ses héroïnes attachantes, pour l’art narratif de la romancière et l’interrogation sur des grandes failles de la société des États-Unis.

Hannah Deitch, Ennemies publiques (Killer Potential), traduit de l’anglais (États-Unis) par Cindy Colin-Kapen, Sonatine, mai 2025, 400 p. – 23,00 €.

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