Guy Boley, Des valises sous les cieux
Voyages sans retour
À la genèse de ce récit, jaillissent des valises. Mais pas n’importe lesquelles. L’objet le plus banal supporte ici le poids des ans et l’horreur de la déportation (souvent croisée dans les réserves du musée du même nom). L’auteur, pour ce livre, a fait d’abord l’inventaire du mot dit valise et qui l’est parfois devenu.
Existe ici plus qu’un aperçu sur l’exposition Valises ! Histoires d’un objet dans la guerre. Boley un voyage à travers les formes et les usages de l’objet durant le second conflit mondial : la « valise-monde » qui permet d’emmener avec soi quelques fragments de la vie qu’on abandonne. La « valise-cache » dont l’aspect commun est utilisé par la Résistance pour développer ses activités clandestines. La « valise-trace », objet symbole qui subsiste de l’assassinat des populations juives et qui conserve les tessons d’une histoire parfois oubliée jusqu’à sa redécouverte.
Des valises sous les cieux ouvre donc une autre fenêtre d’exploration sur l’histoire, intime et sensible, où les temporalités se confondent. Une parenthèse où les frontières entre passé et présent sont beaucoup plus proches qu’on devrait le croire. Et en cette expression reprise par un tel spécialiste des mots, la question de l’onomatopée se transforme en une réalité où il existe, au delà de l’extrême souffrance des déchirures, l’écume des larmes.
jean-paul gavard-perret
Guy Boley, Des valises sous les cieux L’Atelier contemporain, Strasbourg, 2025, 24 p. -5,00€.