Gregory Crewdson, Cathedral of the Pines

Gregory Crewdson, Cathedral of the Pines

La chute hors du temps

Perdus comme hors du temps et dans des lieux plus ou moins somnambuliques, les personnages des impressions numériques digitales de Cathedral of the Pines proclament l’isolement et la défaite. L’être ne peut plus agir car il ne se sent plus protégé et porté par le temps. Il manque de la force capable de produire un acte, qu’il soit capital ou quelconque.
L’oeuvre d’une certaine façon en finit avec la vie ou avec la magie du possible. Ne demeure que l’épuisement jusqu’à un silence qui n’est pas l’asphyxie totale mais qu’un temps mort, sous-perçu. L’être, ainsi tombé du temps, sans l’illusion d’un chez soi, semble pris dans ce que Cioran nomme « une éternité négative, une mauvaise éternité« .

Tout demeure figé. L’être ne peut que croupir là où n’existe – en dépit de présences plurielles- plus de sensations. Pas même la sensation du temps, même si celui-ci occupe sans doute encore la conscience. Mais cela sans nostalgie aucune. Crewdson à ce titre est bien loin d’un Bob Wilson. Il ne s’agit pas de rappeler le passé, de le convoquer pour reprendre pied, mais espérer en finir. Espérer, pas même. Rongé du dedans, l’être manque d’existence. Son temps n’est qu’une attente ou une variété du vide.
Les protagonistes féminines neutralisées finissent par subir l’ascendance de ce vide. Il n’existe même plus la consolation d’une attente. Reste une lumière fondue, confondue dans le gris. Reste à s’enliser dans l’absolu de l’inerte et de la stagnation. Les femmes semblent insensibles à leur destin. Apôtres innocentes de la perte, elles se laissent envahir par elle. Fantômes parmi leurs fantômes, elles vont vers leur propre extinction jusqu’à l’épuisement dont ne se discernent même plus les traces.

jean-paul gavard-perret

Gregory Crewdson,

– Cathedral of the Pines, Galerie Templon, du 10 septembre au 29 octobre 2016.
– Cathedral of the Pines, texte d’Alexander Nemerov, Aperture Editeur, 2016.

One thought on “Gregory Crewdson, Cathedral of the Pines

  1. Dans votre pertinente analyse n’oubliez pas JPGP l’ascendant psy de l’artiste fin connaisseur des névroses de la classe moyenne blanche américaine . Ne pas être . Crewdson reste persuadé que  » derrière la beauté des images se cache une grande tristesse  » . Vous l’avez bien débusquée !

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